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jeudi 11 juillet 2024

Et maintenant chantons !


Depuis lundi, il vous est peut-être passé par la tête que "You stepped out of a dream" était uniquement destinée aux glottes avec testostérone. Vous voyez ci-dessus qu'il n'en est rien et qu'assez rapidement, ces dames, aussi, eurent l'impression que monsieur sortait d'un rêve. Et s'il vous est, cette fois, passé par la tête en écoutant Sarah : Mais quelle voix ! Quel phrasé ! Quel vibrato !, sachez que c'est tout à fait normal.  

Enfin reconnaissons qu'elles ne furent pas non plus des wagons à s'attaquer au tube de Glenn Miller et Tony Martin, ce qui nous arrange puisque traditionnellement, le jeudi est consacré aux reprises improbables, parfois étrangères et souvent harmoniques. 

Nous avons eu beau chercher, point de version croate ou finlandaise de notre saga de la semaine, ce qui est rare, à peine une version italienne mais beaucoup d'instrumentaux et énormément de chœurs très impliqués, ce qui n'est jamais pour nous déplaire. 


En fait, "You stepped out of a dream" ne quitta pratiquement jamais les juke-box au cours des années 60, enregistré par Julie London, George Chakiris, Doris Day, Jack Jones, Vic Damone ou Ella Fitzgerald. 

On commença cependant à l'oublier un peu dans les années 70, pour ce qui est des chanteurs en tout cas, puisque depuis qu'en 1951, Dave Brubeck et Stan Getz l'avait adopté, "You stepped out of a dream" était devenu un standard de jazz. La version instrumentale continua donc son petit chemin et traversa les années 80, 90, 2000. On en dénombre même 23 versions depuis 2010. 

Que vous aimiez le piano, le saxophone, le xylophone, la clarinette, la trompette, l'accordéon, vous trouverez forcément une version qui vous séduira. Croyez-nous sur parole, nous les avons toutes écoutées. Et comme on se soucie assez peu des amateurs de harpe, nous tenions à partager avec vous la version pincée de Dorothy Ashby à propos de laquelle nous vous promettons depuis des années un billet qui ne vient pas. En attendant, elle est là et bien là. 

mercredi 23 août 2023

Et maintenant chantons !


Puisque le divin Mancini, dès 1959, envisagea des paroles au thème de "Mr Lucky", écrites par l'illustre tandem Jay Livingston et Ray Evans, avec lequel Mancini collabora de nombreuses fois et qui étaient déjà responsables des lyrics de "Peter Gunn", finalement, les chanteurs et chanteuses en quête de nouveautés n'avaient plus qu'à entrer en studio puisque tout était déjà fait. 

Et c'est George Chakiris le premier qui va entonner "They call us lucky, you and I, lucky girl,lucky guy", George Chakiris fier de son succès dans "West Side Story", ce sera d'ailleurs un argument de vente sur la pochette de son album, et George Chakiris qui voyait enfin la lumière après 10 années à courir les cachets à Hollywood. Vous n'ignorez sans doute pas qu'il est aux côté de Marilyn dans le numéro "Diamonds are a girl's best friend", derrière Gene Kelly dans la scène du mariage dans "Brigadoon" et vaguement au loin dans "The country girl" avec Bing Crosby et Grace Kelly". 


























En contrat avec Capitol de 1962 à 1965, pour quatre albums qui n'iront pas, en gros, nulle part, George se perdra à la fin des années 70 en France où il enregistrera une poignées de 45t dont les pochettes peuvent donner lieu à une idée collection. Mais musicalement, l'écoute prolongée de "Réveille-toi" ou "Mon pays c'est le soleil" peut entraîner des troubles irréparables, sachez-le ! 

Chronologiquement, nous pénétrons une autre dimension en découvrant que la deuxième personne, et première voix féminine à s'accaparer "Mr Lucky" est Sarah Vaughan qui en 1964 va consacrer l'intégralité d'un album à Henry Mancini. Il n'est pas impossible d'ailleurs que nous ayons découvert au même moment l'instrumental tiré de la BO de "Mr Lucky" et la version de la divine. Mais nos souvenirs sur ce point sont incertains et plus important, on s'en moque. Puisque plus rien n'importe dès que Sarah chante, non ? 






















Evidemment, là, nous ne sommes plus dans la sensation pop que tentait d'être George Chakiris mais dans la maîtrise absolue, la finesse, et le grave évidemment, sans parler du vibrato caractéristique qui nous donne toujours l'impression qu'une chanson interprétée par Sarah Vaughan est l'équivalent musical d'un tour de Grand-Huit, looping compris.

Et parlant de maîtrise, nous sommes plus qu'heureux de pouvoir enfin consacrer quelques lignes à Marilyn Maye, le secret le mieux gardé du show-business américain, enfin, jusqu'en 2008 quand à l'âge de 80 ans, miss Maye, qui chante professionnellement depuis 1946, connut ce qu'elle n'attendait plus : la célébrité. 
























































Chanteuse de big band, à la radio, puis de cabaret à Kansas city, Marilyn Maye enregistra quelques albums et fit plus d'une centaine d'apparitions à la TV américaine mais relativement en vain. On la connaissait vaguement mais pas assez pour qu'elle devienne une star. 

Et puis, peut-être parce qu'elle ne renonça jamais et continua sans cesse de se produire sur scène, à la fin des années 2000, on se souvint qu'elle existait et qu'elle était une chanteuse formidable. A 95 ans, en mars denier, elle a fait ses débuts sur la scène du Carnegie Hall. Avec un statut de légende. La vie, parfois, franchement...

mercredi 3 août 2022

Et maintenant chantons !


Nous l'évoquions hier, en 1966 (non, nous n'avons toujours pas bougé depuis lundi), la chanson de Hal David et Burt Bacharach "Alfie" va être vue comme une aubaine pour à peu près tout le monde afin, rêvons, de décrocher un hit. Et cela va être particulièrement vrai pour une catégorie un peu à la peine en cette deuxième moitié des années 60 : les chanteuses de jazz. 

L'exemple le plus parfait est certainement le cas de Carmen McRae, que nous vénérons, là n'est pas la question, et qui en 15 ans de carrière, s'est, certes, fait un nom et une place parmi les plus grandes mais n'a jamais décroché un seul titre classé dans les meilleures ventes. Ce sera le cas avec "Alfie", qui va, en 1967, lui offrir sa seule et unique entrée dans le top, mais le top 200, et à la 150e place ! 

Alors maigre consolation mais preuve tout de même que "Alfie" fonctionne. Et même si le titre a déjà été enregistré des dizaines de fois en quelques semaines, toutes ces dames pensent qu'elles peuvent apporter quelque chose de personnel à la composition. Et c'est l'avalanche. 


Et lorsque même les grandes divas suédoises s'y mettent, c'est qu'il se passe quelque chose. Notons enfin qu'Ella va aussi s'emparer d'"Alfie", en concert, et qu'il existe une très belle version de son interprétation sur Youtube à Los Angeles accompagné par l'orchestre de Duke Ellington. Hélas, son propriétaire a interdit la publication sur d'autres sites. L'égoïsme : une des limites de la suavitude ! 

Mais le moment n'est-il pas choisi pour une confidence dont, nous le savons, vous êtes friands. Même lorsque nous organisons ne serait-ce qu'un BBQ sans prétention, notre modèle est toujours l'émission "Playboy After Dark" que lança Hugh Hefner sur CBS pour deux petites années, en 1969 et 1970. Peut-on faire plus suave ? Difficilement. La prochaine fois nous engageons une chanteuse, c'est décidé. 

mercredi 14 juillet 2021

Et maintenant chantons !


Interprétée pour la première fois sur la scène du Richard Rogers Theater à Broadway le 12 octobre 1961, il est tout de même incroyable de découvrir que dès le mois de novembre de la même année, "I believe in you" se trouvait dans les bacs des disquaires, prêt à entamer une carrière dans les hit-parade en tant que chanson pop. 

Un peu plus d'un mois, c'est en effet ce qu'il fallut à Sam Fletcher pour s'approprier notre chanson de la semaine et en livrer une version bondissante et amusée, qui rencontrera un certain succès jusqu'à devenir sa chanson "signature", une orchestration joyeuse qui sera l'une des voies choisies plus tard par celles et ceux qui s'empareront du titre. Mais qui sera loin d'être la seule. 

Reconnu dans le circuit des night-clubs new-yorkais, Sam Fletcher déménagera pour Los Angeles et fera une petite carrière locale, apparaissant de temps à autre à la télévision, notamment dans le show de Dinah Shore qui n'était pas insensible à sa glotte. Une arrestation pour trafic de drogue en 1967 mettra pratiquement fin à sa carrière alors que son deuxième album venait juste de sortir. Mauvais timing s'il en est. Il décèdera en 1989 dans une indifférence générale. 
 

C'est accompagnée d'une certaine envie de twister qu'en 1964, la sculpturale Abbe Lane livrait sa version tout aussi bondissante de "I believe in you", l'année même de son divorce d'avec Xavier Cugat, dont elle fut pendant 10 ans la quatrième épouse et alors qu'il avait simplement 32 ans de plus qu'elle. 

Nous nous intéresserons un jour à cette magnifique créature qui compta plus de tenues censurées à la télévision que Jayne Mansfield et qui à 88 ans est toujours splendide et relativement "authentique". Et qui tourna au cinéma avec Louis de Funès ce qui est à la fois suave et déroutant. 





































Alors que nous vérifions année après année qu'elle a vraiment TOUT enregistré, c'est à Sarah Vaughan que nous devons sans doute la plus bondissante des versions bondissantes de "I believe in you". La chose se trouve sur le bien nommé album "The explosive side of Sarah Vaughan", production Roulette de 1963 et montre clairement que Sarah avait vaguement entendu la version de Sam Fletcher. 

On devrait au moins une fois par an se lancer dans une cure Sarah Vaughan. Et comme elle a enregistré au cours de sa carrière environ 178 543 albums, il y a là matière à ne jamais s'ennuyer. Ce qui n'est pas forcément le cas de toutes les cures. Parlons-nous de celle que nous pratiquons actuellement à base de jus vert et gelée de pissenlits ? Peut-être...

lundi 27 juillet 2020

Et maintenant chantons !


Alors que vous n'ignorez plus rien, grâce à nos sagas estivales, de nos premières influences musicales, sautons aujourd'hui quelques années et plongeons dans cette douloureuse mais parfois intéressante période qu'est l'adolescence pour évoquer notre chanson de la semaine : "He's my guy" de Don Raye et Gene DePaul sur lesquels nous reviendrons demain. 

Pour le moment, nous avons 14 ou 15 ans, nous traversons une courte mais intense phase new wave (et même pendant quelques jours cold wave). Ce qui ne nous empêche pas d'écouter à peu près tout ce qui tombe sous notre main et non loin de notre platine, et notamment les 45 tours de notre amie Sophie. 

La discothèque de notre amie est riche, entre autre des disques de sa mère qui aimait le jazz. Et sans doute un dimanche après-midi... un dimanche après-midi sans aucun doute possible quand nous y repensons, elle nous fait découvrir ceci :



Et nous conviendrons qu'on est forcément amis pour la vie avec quelqu'un qui vous fait faire la connaissance de Sarah Vaughan. 

"He's my guy" figure sur l'album le plus réédité de la Divine, le "Sarah Vaughan accompagnée par Clifford Brown", qui sort en 1955 sur le label EmArcy, succursale jazz de Mercury records chez qui Sarah passera une bonne partie de sa carrière. Et c'est d'ailleurs cette particularité qui avait poussé la chanteuse à quitter Columbia l'année précédente : la possibilité d'une carrière pop avec Mercury tout en continuant les albums jazz chez EmArcy, en fait la même société. 
























Pour des raisons qui nous échappent, il semblerait que Sarah Vaughan, disparue en 1990 à 66 ans, et pourtant membre de la Sainte Trilogie Billie/Ella/Sarah, soit finalement la moins célébrée des trois et que malgré son surnom de "La Divine", elle n'ait pas exactement le même statut que Billie la martyre ou Ella la sainte. 

En 1955, alors que sort "He's my guy", Sarah est pourtant une véritable célébrité, collectionnant depuis le début de la décennie les titres de "meilleure chanteuse de l'année", captivant le public dans ses tournées sans fin et suscitant l'intérêt permanent des lecteurs de la presse noire dont on notera avec intérêt les titres plutôt subtils pour certains. 









































On peut supposer que la relative discrétion de Sarah Vaughan aujourd'hui, sauf chez les aficionados de jazz bien entendu, tient au fait qu'elle ait peut-être moins bien abordé les années 70 et 80, alors qu'en y regardant de plus près, elle fit exactement la même chose que ses consoeurs : se produire sans jamais s'arrêter aux quatre coins de la planète. 

Vous pouvez analyser à la loupe les discographies de toutes les chanteuses de jazz des années 40 ou 50 : à partir de 1980, elles ne sortent presque plus que des albums live, c'est en tout cas ce qui se produit pour Ella, Anita O'Day, ou Carmen McRae. 

Effectivement, ce n'est le cas, ni pour Billie Holiday, ni pour Dinah Washington mais pour une raison bien précise : elles sont déjà mortes.  





































La présence des trois photos ci-dessus n'est justifiée que par notre plaisir jamais démenti de voir Sarah et Ella côte à côte. 

Finalement, ce qu'on peut éventuellement reprocher à Sarah à la fin de sa carrière, c'est de ne plus vraiment ressembler à la Sarah du début de sa carrière et d'avoir laisser migrer sa voix vers des graves impressionnants qui ont sans doute fait dire à plus d'un jeune spectateur la découvrant dans les années 80 : "J'ai vu une drag queen tout à fait exceptionnelle".

"Taratata" comme dirait notre amie Sophie qui n'a pas bon goût qu'en matière de disque, Sarah reste Sarah, même avec une très vilaine permanente et 18 mètres de tissus sur le dos. Quand on est suave, on est suave, qu'est-ce que vous voulez que nous ajoutions ?



Drôle. Nous pouvons en fait ajouter drôle. 

vendredi 20 septembre 2019

Le vendredi, c'est scarabées.

Parce que nous n'avons jamais été réellement convaincus de la suavitude des Fab Four, tentons, chaque vendredi, de remédier à cela en parcourant le monde sans pour autant trop nous éloigner de Liverpool. 



Et il fallait au moins cela pour commencer. Sarah Vaughan, Marco Vallé, et tout de suite, c'est autre chose, non ? 

mardi 30 juillet 2019

Et maintenant chantons !



Parlons un peu de nous puisque c'est toujours très intéressant (ne dites pas le contraire, c'est même souvent captivant) : lorsque nous étions très jeune et un peu fou, il nous semblait parfaitement logique, lorsque nous aimions passionnément un artiste, de tenter de posséder absolument tout ce qu'il avait pu faire. Découvrant un jour la sainte trilogie Ella - Sarah - Dinah (nous n'avons jamais été suffisamment dépressif pour idolâtrer Billie), nous avons donc acheté par brassées vinyles puis cds, qui firent plus tard la joie des promeneurs lorsque nous nous en débarrassâmes à prix modiques en vide-grenier.  

Même si la discographie des chanteuses sus-nommées est gigantesque, nous vînmes assez vite à bout de notre Fnac locale (imaginons une période pré-internet) et sans nouveaux albums originaux sous la main arriva le jour fatidique des best-of. 

Et louons ce moment puisque consultant les plages de l'album "Sarah Vaugahn's golden hits", nous avons découvert entre 4 ou 5 morceaux familiers, d'autres pistes totalement inconnues dont ce "Broken Hearted Melody" qui ne semblait pas être de la même famille que "Black Coffee", "Misty" ou "Lullaby of Birdland". 





































Composé en 1958 par deux génies du Brill Building à savoir Sherman Edwards et Hal David, qui venait tout juste de rencontrer Burt Bacharach, "Broken Hearted melody" fut proposé à Sarah Vaughan qui devait, entre deux albums, graver quelques singles pour sa maison de disque Mercury, des titres moins jazz, principalement destinés au marché du juke-box. 

L'histoire est célèbre : Sarah Vaughan détesta la chanson qu'elle trouva stupide et bien trop primaire, elle l'enregistra malgré tout, se disant que c'était tellement bête que cela pouvait marcher et cela devint non seulement son plus gros succès mais son premier et unique disque d'or, après déjà 13 ans de carrière et très exactement 153 45 tours. Et ne parlons pas des albums...



Jusqu'à la fin de sa carrière en 1989, précédant à peine sa disparition en 1990 à l'âge de 66 ans, Sarah Vaughan se retrouva quelque peu coincée avec "Broken hearted melody" qu'elle finit par inclure dans son tour de chant et finit surtout par apprécier avec les années. Le titre était dès 1960 devenu un tube mondial, autant faire avec.

En tout cas, si Sarah douta un jour de la suavitude, et par extension, de la  coolitude de sa chanson, elle dût être rassurée lorsque la reine absolue du cool décida de l'inclure sur un de ses albums. De qui parlons-nous ? Mais comment osez-vous seulement poser la question...

vendredi 12 juillet 2019

Et maintenant chantons !




Que manquait-il à "1-2-3" pour finir en beauté la semaine ? Une voix bien sûr, ce qui n'enlève rien, évidemment, à toutes celles qui ont précédé Sarah Vaughan depuis lundi et que vous pouvez retrouver un peu plus bas mais enfin quand même. 

1966. Album "The New scene", que d'ailleurs nous vous proposions en intégralité en 2011 et dont le lien miraculeusement fonctionne toujours, nous venons de vérifier. 

Sarah Vaughan un peu perdue musicalement s'aventurait en territoire pop pour des résultats calamiteux en terme de ventes mais enchanteurs pour nos oreilles un rien perverses. Car existe-t-il quelque chose qui nous ravie plus qu'une grande voix se mettant soudain à chanter n'importe quoi ? Oui, bien sûr, mais c'est tout de même assez rare.
















Ce sera ainsi chaque vendredi cet été : terminons, chanceuses et chanceux que vous êtes, par la possibilité de vous offrir, vous aussi, une grande dose de "1-2-3" en téléchargeant la modeste compilation qui suit, où vous retrouverez tout ce que vous avez pu écouter cette semaine et d'autres petites choses très amusantes. 

Nous vous laissons la surprise. C'est l'été après tout. Sachez simplement qu'il y en a 12. Et pour télécharger tout ceci, vous savez comment faire. 




lundi 3 avril 2017

17 fois Cécile Cassard ?







































Non, 17 fois Cécile Cassard, ce serait trop. Contentons-nous de 7 fois Ella et une copine chanteuse, ce sera déjà hautement satisfaisant. 


lundi 14 novembre 2016

Le Brushing du jour.


































Parce qu'on n'a jamais assez de hauteur, de laque et d'anglaises, revisitons les plus suaves créations capillaires. Et pour cette sept cent soixante deuxième édition, Sarah Vaughan présente le modèle intitulé "Divin Mohawk". 

dimanche 22 décembre 2013

Les très suaves heures de l'Histoire Contemporaine : le jour où ce fut mieux à deux.

















En 1956, un album va considérablement changer la carrière de trois individus et lancer une vague fort suave dans l'industrie du disque en général et du jazz en particulier, le très célèbre "Ella and Louis" produit par Norman Granz pour le label Verve. 

Vous aurez certainement compris que les trois individus en question ne sont autre que Ella Fitzgerald, Louis Armstrong et Norman Granz, et si les deux premiers n'ont plus besoin de présentation, le dernier mérite incontestablement quelques mots et une place de choix sur Soyons-Suave. Ce dimanche sera jazz, vocal et harmonique. 



















Si depuis quelques temps les choses commencent à changer, il aura fallu des années pour qu'on se décide à sortir de l'ombre l'homme qui démocratisa le jazz et fit sans doute autant pour les droits civiques des noirs américains que Martin Luther King. 

Né en 1918, Norman Granz pourrait être résumé en quelques mots et une poignée de chiffres : imprésario et producteur, directeur de maisons de disques, il produisit entre 1956 et 1959 sur son label Verve 500 disques c'est à dire la moitié de la production discographique jazz des Etats-Unis. Agent d'Ella Fitzgerald jusqu'à sa mort, il fit de la chanteuse une star mondiale et l'impératrice de la chanson. Mâtin ! Quel homme ! 
















Il est toujours amusant de réaliser que l'un des hommes les plus influents du jazz ne joua jamais une note et ne toucha jamais un instrument : Norman Granz n'était que l'amoureux d'une musique qu'il décida un jour de partager avec la terre entière. Il commença par produire pour 300 dollars un concert dans un lieu habitué au classique, le Philarmonic Auditorium de Los Angeles qui rencontra un tel succès que cela devint une entreprise. 

De 1944 (date du premier "Jazz at the Philarmonic") à 1983, Norman Granz promena à la surface de la planète la crème du jazz pour des concerts magnifiquement produits et qui avaient ceci de révolutionnaire dans les années 40 que les artistes noirs recevaient la même paye que les musiciens blancs et que Granz refusait tout concert dans les salles séparant public blanc et public de couleur. Granz devint l'idole des jazzmen et, ce qui nous intéresse, l'agent d'Ella. 


















En 1955, Ella fitzgerald a 38 ans et, bien que reconnue dans le milieu des musiciens comme une interprète exceptionnelle, elle est essentiellement vue comme une chanteuse de be-bop, qui se produit dans des clubs où l'on aime le be-bop devant un public fan de be-bop. Approchée par Norman Granz lors d'un concert du "Jazz at the Philarmonique" auquel elle a participé plusieurs fois, elle accepte qu'il devienne son agent et décide de le suivre lorsqu'il lui annonce un projet qui tient de la vision : faire d'elle une missionnaire de la chanson. 

Dans un mouvement très "Berry Gordy décidant de faire de Diana Ross la première star noire de la pop", Norman fonde le label Verve et entreprend de faire enregistrer à Ella des succès populaires de compositeurs populaires mais avec son savoir-faire de producteur de jazz. Le premier disque sort au début 1956, il s'intitule "Ella Fitzgerald sings the Cole Porter songbook".























Entre 1956 et 1964, Norman va produire 8 songbooks pour Ella qui va revisiter le répertoire d'Irving Berlin, Duke Ellington, Jerome Kern, Gershwin, Rodgers and Hart, permettant donc, pour certains opus, à une chanteuse noire, de jazz, de s'attaquer à des compositions de musiciens juifs immigrés d'Europe de l'Est appréciés jusque là par un public blanc. 

La vision de Norman Granz se réalise : Ella, en 8 ans, va brouiller les frontières et s'imposer comme une chanteuse dont on ne voit plus la couleur ou les origines. Tout le monde achète, tout le monde écoute, Ella passe à la télévision et dans des salles prestigieuses. 






















La même année 1956, suivant un rythme effréné, Norman Granz choisit, pour asseoir sa protégée, 12 ballades qu'il fait enregistrer à Ella en compagnie de celui qu'elle a déjà de nombreuses fois accompagné durant les années où elle chantait pour le label Decca, Louis Armstrong. 

En gros, en 1956, Armstrong est dans la même situation que Ella en 1955. Musicien de jazz vénéré, il séduit les aficionados mais le marché blanc lui reste fermé. Cette association va être un coup de génie. A 55 ans, enfin, il brise lui-aussi les frontières, ce qui le mènera, en 1964, à décrocher son plus gros succès et la tête des charts, chassant même les Beatles avec "Hello Dolly". 



L'album "Ella and Louis" aura deux suites, "Ella and Louis again" et "Porgy and Bess" en 1957, tous trois immensément populaires et posant, sans le savoir, les bases d'une variété de qualité qui connaîtra son heure de gloire dans les années 60. C'est d'un chic absolu, d'une classe folle, d'un suave invraisemblable.

Ce qui est très drôle et nous conduit à la belle histoire du dimanche est que, comme on pouvait s'y attendre, l'industrie du disque va suivre les traces de Granz et lui emboîter le pas. Et puisqu'on ne peut décemment laisser ce qui marche ne marcher que pour un seul homme et un seul label, tout le monde va adapter le recette Norman. En deux ans, toutes les maisons de disques vont saisir leurs chanteuses de jazz et les enfermer en studio avec un confrère. Dorénavant, plus question de chanter seule.




























Si en 1960, la mode va quelque peu passer, tout le monde a désormais un disque de duo à son répertoire, bon souvenir pour certains, cauchemar pour d'autres comme l'improbable association de Dinah Washington et Brook Benton dont l'inimitié a l'avantage d'être gravée sur disque dans le délicieux "You've got what it takes" où, à très exactement 2m05, Brook se fait vertement envoyer balader par Dinah qui déclarera en sortant du studio qu'elle ne veut plus jamais le croiser et sera un peu surprise en découvrant que cette prise gâchée sera celle qui sera finalement retenue.



A l'inverse, jusqu'à très tard dans sa carrière, Sarah Vaughan retrouvera avec plaisir Billy Eckstine sur scène, le seul homme sans doute capable de rivaliser avec les graves de la Divine, juste parfois un peu proche du rôt comme le soulignait les orthophonistes impressionnés par son timbre. 


Depuis 2012, Norman Granz, comme nous le disions, est revenu dans l'actualité et s'est rappelé à notre bon souvenir avec la parution d'une biographie suivie d'une exposition et d'un documentaire. Décédé en 2001, il fut sans doute l'homme le plus pleuré par les joueurs de contrebasse ou de xylophone mais pas par Ella qui mourut, elle, en 1996. 

Sa contribution à la musique et à la suavitude méritait bien une belle histoire et un tag supplémentaire sur nos pages. Et une chanson ? Evidemment : et une chanson !