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mardi 10 septembre 2024
lundi 13 août 2018
Le trio du jour.
Parce qu'à trois, c'est aussi bien qu'à deux, sinon mieux : "Soyons-Suave en vacances" est heureux de vous offrir trois documents officiels.
lundi 23 juin 2014
17 fois Cécile Cassard ?
Non, 17 fois Cécile Cassard, ce serait trop. Contentons-nous de 8 fois une femme dessinée par René Bouché, ce sera déjà hautement satisfaisant.
samedi 14 juin 2014
Les très suaves heures de l'Histoire Contemporaine : le jour où Lilly Pulitzer en eut assez des taches.
Dans les premiers mois de 1959, la très bien née, très chic et très riche Lillian Pulitzer va, sans le savoir, donner naissance à ce qui va devenir LA robe qu'il faut porter lorsque l'on est bien né, très chic et très riche aux USA, mais surtout incarner l'esprit de cette classe wasp américaine dont Jackie Kennedy sera l'incarnation.
Lillian, que ses amies appelaient Lilly, n'avait pourtant jamais pris un cours de couture de sa vie. Mariée très jeune et mère de trois enfants, elle coulait une existence paisible dans son immense maison de Palm Beach en Floride et faisait la joie de la jet-set locale qui la trouvait vraiment si vive et pleine d'esprit. Rien ne la destinait donc à devenir une impératrice de la mode. Comment ? Pourquoi ? C'est la belle histoire du weekend.
Si avant toute chose vous vous demandez pourquoi il y a une photo de Roger Vadim ci-dessus : détrompez-vous. Vous observez en fait Peter Pulitzer, petit-fils de l'éditeur du même nom en l'honneur duquel le prix Pulitzer fut crée et que Lilian Lee McKim décida d'épouser sans l'avis de ses parents alors qu'elle n'avait que 19 ans et qu'elle venait juste de faire sa connaissance.
De son côté fille de l'héritière de la Standard Oil, compagnie de pétrole crée en 1870 par Rockefeller, Lillian/Lilly était donc prédestinée à une vie oisive et particulièrement favorisée, partagée entre la haute-société new-yorkaise et les divers lieux de villégiature de la côte Est. Lilly et Peter étaient beaux, jeunes, riches et possédaient surtout une pointe d'anticonformisme qui les poussa à s'installer à Palm Beach plutôt que sur la 5e Avenue. Et si la chose ne nous semble pas particulièrement folle, c'est pourtant ce qui se rapproche le plus du punk considérant le milieu d'où venaient les jeunes mariés.
A la fin des années 50, Palm Beach était la destination favorite des fortunes "Nouvelle-Angleterre", très animée pendant la saison hivernale et relativement morte le reste du temps et surtout l'été pendant lequel les températures y sont insupportables. Installés dans ce qui reste l'une des plus grandes propriétés de la ville, les Pulitzer s'enthousiasmèrent cependant pour la liberté qui y régnait (comparé à Manhattan) et apprécièrent de s'y promener pieds nus les cheveux au vent.
Peter reprit les vergers de sa famille (oranges et citrons, quoi d'autre en Floride), Lilly fit des enfants, 3 en 4 ans et adopta un singe. On admira leur liberté, leur beauté, leur classe folle pendant que Lilly découvrait le baby blues et la déprime de la desperate housewife, avant même que Marc Cherry n'ait l'idée d'en faire une série.
En 1957, Lilly partit faire un petit séjour en clinique à New-York et revint avec une certitude : il fallait qu'elle s'occupe. N'ayant aucune formation particulière, elle décida donc de commencer petit en ouvrant un stand de jus de fruits.
Il n'est pas évident de comprendre comment on passe d'un presse-agrume à une machine à coudre et pourtant, le lien est aussi simple que génial. Lilly pressait donc les oranges et les citrons de son époux (non, il n'y a rien de spécial dans cette phrase) mais se tachait beaucoup. Fatiguée de faire des machines à longueur de soirées, elle se coupa alors une robe pratique dans un coupon de tissus très coloré, destiné à masquer les éventuelles traces de jus.
Rappelons ici que Lilly n'avait aucune expérience de styliste : la robe se composait donc de deux pans, cousus sur le côté avec un trou pour la tête et deux pour les bras, le genre de chose qu'une mère peu habile peut cependant faire un jour de désœuvrement pour habiller la poupée de sa fille.
Comme Lilly était cependant chic, elle ajouta à ses robes de travail une fermeture éclair dans le dos et parfois un peu de dentelle devant pour faire joli. Et c'est alors que le destin frappa : non seulement on ne soucia plus de ses jus de fruits mais on voulut savoir où elle avait trouvé cette petite chose si pratique et si amusante. Ses amies voulurent toutes un modèle, si agréable à porter qu'il permettait même l'oubli de sous-vêtement. Lilly leur en fit pour leur faire plaisir, au prix de 22 dollars pièce. Et parmi ses amies se trouvait une copine de lycée un peu célèbre : Jackie Kennedy.
Déjà habituée au pantalon-tee-shirt lors de ses weekend à Martha's Vineyard, Jackie devint folle des robes de Lilly, à tel point qu'elle n'apparut plus sans en porter au cours de l'été 59. Une série de photos dans Life Magazine plus tard, les femmes américaines voulaient à leur tour faire comme Jackie : être libres des bras, des jambes et éventuellement de la culotte. Lilly n'avait plus qu'une chose à faire : créer une société.

Il n'y a, à priori, aucune photo de la haute-société américaine, prise à partir de 1960, sur laquelle n'apparaît pas une création de Lilly Pulitzer. Fondant la "Lilly Pulitzer Inc" et travaillant exclusivement avec des entreprises de tissus de Key West, Lilly dessina rapidement des collections entières, de robes, courtes ou longues, de djellabas, de sacs, de serviettes, de draps, et même des vêtements pour hommes qui eurent tout autant de succès.
Dorénavant l'élite s'habillait en grosses fleurs jaunes sur fond orange, en volutes vertes sur toiles indigo, Lilly était psychédélique sans le savoir et Palm Beach trouva le style qui le caractérise encore aujourd'hui : une sorte de casual friday tropical, moins vulgaire que la chemise hawaïenne et plus habillé que le négligé californien. On enfilait une "Lilly" en sortant de l'eau et on pouvait la garder pour se rendre à un cocktail. A condition, bien sûr, de l'accessoiriser un peu, d'une Rolls par exemple où d'un mari milliardaire, parfois des deux.
Lilly Pulitzer dirigera son entreprise jusqu'en 1984, date à laquelle elle jugea bon de prendre sa retraite. Elle venait d'avoir 53 ans, elle avait depuis quelques années un nouveau mari et avait bien l'intention de profiter un peu de ce pourquoi elle était à l'origine prédestinée : ne rien faire mais suavement.
Or en 1993, elle fut contactée par la société de vêtements Sugartown, dont les dirigeantes étaient désespérées de ne plus trouver ces robes que leurs mères adoraient et qu'elles-mêmes portaient enfant à la plage. N'acceptant de reprendre une activité que partiellement, Lilly Pulitzer céda les droits de son nom et de ses modèles et démarra une seconde carrière de consultante, qu'elle assura jusqu'à son décès en avril 2013 à l'âge de 81 ans.
Il existe aujourd'hui plus de 70 boutiques "Lilly Pulitzer" aux USA et le style Lilly est toujours très actif sur cette côte Est qu'elle contribua à rendre nonchalante et colorée. Les jeunes filles bien nées continuent de vouloir une "Lilly", ce que n'a pas démenti l'arrivée de Ralph Lauren qui tenta pourtant de la supplanter dans le cœur des riches et célèbres. Et blancs, pouvons-nous ajouter.
Mais Lilly reste l'originale, la pionnière d'un style qui trouva son apothéose, non sur Jackie mais sur finalement la jeune femme la plus américaine du monde. Et cela faisait bien longtemps que nous n'avions pas clôt un billet par un peu de plastique...
lundi 5 mai 2014
17 fois Cécile Cassard ?
dimanche 22 septembre 2013
Les très suaves heures de l'Histoire Contemporaine : le jour où une dette fut miraculeusement effacée.
En 1961, alors qu'elle se remet très doucement d'une trabéculectomie, qui comme personne ne l'ignore, consiste en l'ablation d'une partie ou de la totalité du trabéculum, dans le cadre d'un traitement du glaucome, Ann Cole Lowe n'a pas pour réel soucis sa vision qui devrait grâce à l'intervention chirurgicale s'améliorer mais ses problèmes d'impôts.
Petite fille d'esclave née en 1898, Ann s'était très vite aperçue qu'elle avait un réel talent pour la couture que sa mère, couturière elle-même, encouragea en l'envoyant dans une école à New-York où on jalousa rapidement ses croquis en même tant qu'on maudissait sa couleur de peau. Sortie diplômée, Ann fut aussitôt embauchée dans une maison qui créait pour la jet-set et c'est ainsi qu'en 1946, elle se retrouva à dessiner la robe dans laquelle Olivia de Havilland brandit le premier de ses deux Oscars, celui-ci pour "A chacun son destin".
Est-il besoin de préciser qu'il n'était pas forcément confortable d'être une styliste noire en 1946 ? Ajoutons qu'il n'était certainement pas confortable d'être une noire tout court aux Etats-Unis en 1946 : Ann Cole Lowe fut la seule à savoir qu'Olivia portait une de ses créations car comment annoncer à la presse que la chose délicieusement brodée que l'on porte sur le dos a été réalisée par des mains colorées ?
Pendant près de 20 ans, Ann dessina donc des robes de débutantes pour les Vanderbuilt, des fourreaux divins pour les Rockefeller et des robes de soirée pour les Roosevelt sans que son nom ne soit jamais mentionné et n'apparaisse, bien sûr, sur aucune étiquette. Elle devint même le secret le mieux gardé de New-York, le nom qu'on s'échange à voix basse en ajoutant qu'elle est formidable et en plus, bien moins chère que Dior ou tout autre créateur parisien.
Ann Cole Lowe faillit pourtant sortir de l'anonymat en 1953 lorsqu'elle réalisa la robe que tous les couturiers rêvaient de dessiner : celle de Jackie Bouvier lors de son mariage avec John F. Kennedy. Jackie voulait une chose simple et fluide, on lui fit comprendre qu'elle devait être spectaculaire et c'est ainsi qu'elle dit "oui" dans une création d'Ann qu'elle qualifiera plus tard d'abat-jour.
Une seule journaliste de Washington se hasarda à préciser que la robe qui fit la couverture des journaux du monde entier avait été réalisé par une styliste "nègre". Pour le reste silence : lorsqu'elle livra sa création à Rhode Island la veille du mariage, on indiqua à Ann l'entrée de service. Seul le volume de taffetas obligea le majordome à la laisser utiliser l'entrée principale.
Jacqueline Kennedy, en choisissant une couturière noire pour le jour le plus important de son existence, s'inscrivait dans une tradition pourtant républicaine : comment ignorer que pendant presque 8 ans à la Maison Blanche, madame Abraham Lincoln ne confia ses tenues qu'à Elizabeth Keckley, ancienne esclave émancipée qui fut d'ailleurs la première personne qu'elle appela après l'assassinat de son époux en 1865.
Elizabeth était la couturière mais également la confidente et la dame de compagnie de Mary Lincoln. Les robes qu'elle dessina pour la première Dame sont exposées au Smithsonian Museum.
Mais revenons à Ann. En 1958, la styliste eut l'opportunité d'ouvrir sa propre boutique à New York qu'elle n'appela toujours pas de son propre nom mais qui, au moins, avait le mérite d'être à elle. Signant ses robes "Madeline couture", elle continua de charmer la haute société jusqu'en 1961 où le fisc et un glaucome stoppèrent net cette relative félicité.
Nous sommes de retour sur le lit d’hôpital où Ann se remet de son opération. Elle sait qu'en sortant, elle va devoir affronter les agents des impôts qui lui réclament des sommes qu'elle a effectivement oublié de payer. Mais même si nous ne sommes pas en décembre, Noël va se manifester : de retour à sa boutique, elle découvre qu'un donateur mystérieux a réglé toutes ses dettes. Une enquête rapide lui permet de découvrir qui est son ange gardien : il s'appelle Jacqueline.
Embauchée par le grand magasin Saks, Ann Cole Lowe va, de 1962 à 1964 dessiner jusqu'à 5 collections par an allant du maillot de bain à la robe de cocktail, des collections qui ont une saveur particulière puisqu'elles portent enfin son nom. Fière de cette reconnaissance, elle va s'installer sur Madison Avenue, devenant la première styliste noire à ouvrir une boutique à son nom sur cette artère très chic et très blanche.
Prenant une retraite bien méritée à la fin des années 70 et après avoir crée plus de 2000 robes à son nom, "Ann Lowe originals", la styliste se fera fort discrète jusqu'à sa mort en 1981 à l'âge de 83 ans. Jackie O ne dit rien à l'annonce de cette disparition mais on raconte qu'elle fut à l'origine de l'achat, par le Metropolitan Museum, d'une dizaine de ses créations qui y sont toujours exposées. Un bien suave ange gardien donc. Finalement pas rancunier. Et tout cela fait toujours de très jolie poupées.
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