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jeudi 25 novembre 2010

Les très suaves heures de l'histoire contemporaine : la guerre des dimanches.


Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans la quiétude des dimanches hollywoodiens et la sérénité du seul jour off du monde du cinéma, deux personnalités se livrèrent un combat sans répit et ce, pendant près de 20 ans : George Cukor et Cole Porter.

Jouissant tous deux d'une très grande notoriété, d'une aisance financière conséquente et de résidences majestueuses, ils prirent, dès les années 30, l'habitude de recevoir chez eux leurs amis le dimanche, lors de rendez-vous qui devinrent rapidement incontournables. Il était d'autant plus rageant de ne pas recevoir de carton que chacun des deux hommes offrait deux possibilités dominicales de frayer avec l'élite : le déjeuner, auquel étaient conviées les célébrités les plus suaves et le dîner, plus intime, exclusivement masculin.


Etant marié depuis 1919 avec Linda Lee Thomas, riche héritière de 7 ans son aînée, Cole Porter pouvait faire ce qu'il voulait, les apparences étant sauves, ce dont il ne se privait guère. C'était une autre histoire pour George Cukor, célibataire sans intention de jouer le jeu des studios mais pas suicidaire au point de ruiner sa carrière en faisant son coming out. Cukor vivait donc une double vie, charmant réalisateur le jour, coureur de marins la nuit. Les dimanches soirs étaient donc pour les deux hommes l'occasion de réunir leurs cercles d'intimes et la chair fraîche disponible en cette fin de semaine : apprentis comédiens, étudiants sans le sou, sportifs, militaires... gigolos donc. On se baignait chez Georges quand on dansait chez Cole. Ah la douceur californienne.

Fidèles en amitié, Cole et George possédaient leurs gardes rapprochées, aristocratie pour Porter, Hollywood pour Cukor mais ce n'est pas avec cela qu'on anime de gigantesques bacchanales aquatiques le jour du Seigneur. Et étant donné la taille malgré tout raisonnable de la communauté gay dans les années 40 à Hollywood, il était inévitable qu'un dimanche ou l'autre, un jeune homme se retrouve invité en même temps chez les deux stars. La prudence la plus élémentaire poussait alors le malheureux à inventer rapidement une excuse solide pour l'un ou l'autre, puisqu'il était mondialement connu en Californie qu'une phrase pourtant fort chic comme "J'ai déjeuné chez Cole" anéantissait vos chances d'être reçu à nouveau chez Cukor et inversement. On était l'un ou l'autre, pas les deux, et si d'aventure on le tentait, c'était dans le plus absolu des secrets.


Cole Porter et George Cukor se disputèrent parfois de beaux Apollons et souvent Cukor l'emportait. Il faut dire qu'il possédait un atout de poids : en tant que réalisateur il pouvait promettre un rôle ou une figuration quand Cole pouvait éventuellement offrir une chanson. C'est ainsi par exemple qu'Aldo Ray, ancien soldat sans formation particulière, se retrouva rapidement en tête d'affiche de "Je retourne chez maman" en 1952 alors qu'Hollywood se demandait encore qui il était. Ce n'est qu'en 1957 que les deux ennemis du dimanche travaillèrent enfin ensemble, se retrouvèrent sur la même affiche serait plus exact, puisque si Cukor dirigea bien "Les Girls" dont Porter signa la musique, les chansons avaient été écrites avant même l'écriture du scénario et les deux hommes ne se virent pour ainsi dire jamais.


Malgré leur surnom assez peu flatteur de "The two Queens of Hollywood", qui suppose persiflage et médisances, Cukor et Porter surent oublier leur rivalité lorsqu'en 1962, il devint évident que le compositeur ne se remettrait jamais de son accident de cheval et de l'amputation d'une de ses jambes. Cukor veilla sur Cole, lui rendant visite deux fois par semaine et n'oubliant jamais d'emmener avec lui une de ses illustres amies, Vivien Leigh ou Katharine Hepburn, jusqu'à la mort de Porter en 1964. Proposons donc une nouvelle appellation : "The Suave Queens of Hollywood". Plus Soyons-Suave, non ?

samedi 5 décembre 2009

L'autre "divine feud" : Olivia de Havilland et Joan Fontaine.



De mémoire hollywoodienne, la brouille entre Olivia de Havilland et sa soeur Joan Fontaine est sans conteste la plus intrigante et la plus longue, puisque les deux femmes étant encore en vie au moment où nous écrivons, elle durerait donc depuis 1941 et peut-être même avant. Nombreux sont ceux qui trouvent cela très triste, deux soeurs qui s'ignorent depuis si longtemps; mais encore plus nombreux sont ceux qui ont trouvé cela très ennuyeux.

Ce fut par exemple le cas des organisateurs de la soirée commémorant le 100ème anniversaire de la naissance de Bette Davis en 2008, qui trouvèrent formidable d'inviter les deux soeurs, après tout parmi les rares survivantes ayant connu Bette Davis dès son arrivée à Hollywood. Olivia déclina pour raisons de santé, elle vit à Paris et ne se sentait pas en mesure d'effectuer en long voyage. Apprenant cela, Joan accepta d'être présente, jusqu'à ce qu'Olivia change d'avis et déclare se sentir prête à traverser l'océan afin d'honorer son amie de toujours. On ne vit jamais Joan à la soirée de l'Academy of Motion Picture.



Mais enfin pourquoi ? Les soeurs Redgrave s'aiment beaucoup, les soeurs Gish se dévoraient d'affection (de façon même parfois étrange dit la rumeur), les soeurs Bennett se supportaient, comment les soeurs de Havilland en sont-elles arrivées à de telles extrémités ? Le point de départ de tout cela serait leur confrontation lors des Oscars de 1940. Cette année là, Joan se retrouve en compétition pour son rôle dans "Rebecca" d'Alfred Hitchcock, rôle qu'Olivia aurait tout fait pour obtenir. Et si c'est avec, sans doute, une certaine satisfaction qu'elle vit Ginger Rogers remporter la statuette, Olivia vécut sans doute différemment le fait d'être nommée face à sa soeur l'année d'après, pour "Par la porte d'or" de Mitchell Liesen en ce qui la concerne, Joan pour "Soupçon" d'encore Alfred Hihcock. Et c'est Joan qui gagna.

Dès lors, les rapports se firent un peu plus frais, on évoqua beaucoup dans les fan magazines l'antagonisme persistant entre Joan et Olivia, brouille que les deux soeurs nièrent avec beaucoup de passion mais qui éclata au grand jour lors des Oscars de 1946. Olivia repartit enfin avec le prix de la meilleure actrice pour "A chacun son destin", ce qui la mettait à égalité avec sa soeur, et prix qu'elle reçut sur scène des mains de Joan (brillante idée des organisateurs) sans lui adresser un sourire, une accolade ou même un regard.

N'ayant pas été invité à l'office religieux suivant le décès de leur mère en 1975, Joan coupa tout contact avec Olivia qui l'avait organisé. Conviées une nouvelle fois à la cérémonie des Oscars en 1987, les deux soeurs exigèrent d'être logées dans des hôtels très éloignés l'un de l'autre et de ne pas être présentes sur scène au même moment.

Ce qui est assez délicieux dans tout cela est qu'Olivia serait la méchante, la grande soeur jalouse de sa cadette, celle qui n'accepta jamais de devoir partager l'affection de ses parents et qui alla même jusqu'à casser à Joan une clavicule lorsqu'elles vivaient, enfants, au Japon. Mélanie Hamilton mauvaise ! N'est-ce pas là la révélation de cette sombre histoire ? Nous vous proposons d'y réfléchir en contemplant ces suaves clichés des deux soeurs réunies, et en pensant que tout en posant devant l'objectif, elles devaient peut-être se demander quelle atrocité faire endurer à l'autre...






Soyons-Suave vous propose un peu de lecture.

Il est rarement question de littérature sur Soyons-Suave et c'est un oubli qu'il convient de réparer, en saluant par la même occasion notre nouveau visiteur déclaré "TheDivineFeud" auquel, comme vous allez vite le comprendre, ce post doit à peu près tout.

Pour nos suaves visiteurs qui maitrisent l'anglais, "The Divine Feud" de Shaun Considine est l'assurance de moments de délice et d'heures qui passeront comme des secondes au coin du feu. Car publié en 1989, ce livre entreprend de raconter la rivalité entre Joan Crawford et Bette Davis depuis les années 30 jusqu'à la mort de Miss Crawford, avec comme point central les deux tournages de "Qu'est-il arrivé à Baby Jane" et "Chut Chut Chère Charlotte".

Ayant interviewé à peu près tous les gens ayant eu un rôle à jouer dans l'entourage des deux stars et les deux stars elles-mêmes, Shaun Considine est à même de prouver que Bette Davis a bien déclaré que "jouer avec Joan était un calvaire" et Joan Crawford que "Bette David était un monstre absolu". Et nous ne citons que les choses publiables sur ce blog qui tente de respecter une certaine tenue.







Tout ce que vous avez donc voulu savoir se trouve donc dans ce livre, qu'il sera suave de lire si ce n'est pas déjà fait mais nous ajoutons que vous pouvez faire encore plus suave : collectionnez toutes les éditons !