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dimanche 17 juin 2012

Les très suaves heures de l'histoire contemporaine : le jour où Rock Hudson se changea en Oscar.


En 1949, l'agent Henry Willson est ennuyé. A la tête d'un conséquent cheptel d'acteurs et de quelques actrices, l'ancien responsable du casting de David O. Selznick se désespère que ses derniers poulains ne progressent pas plus rapidement à Hollywood.

Henry Willson a pourtant à son actif de jolis succès personnels. Il a aidé la carrière de la jeune Lana Turner et a découvert Rhonda Fleming. Mais il a un faible et un flair pour les garçons chez lesquels il parvient à détecter un potentiel en quelques secondes. Il ne s'est pas trompé par exemple pour Guy Madison et regarde Rory Calhoun obtenir ses galons de vedette. Mais celui qui le tracasse est Roy Fitzgerald, un chauffeur de camion de 24 ans, tout juste libéré de la marine et dont il sent qu'il peut faire quelque chose.



Depuis qu'il s'appelle Rock Hudson, le jeune Roy, originaire de l'Illinois, attend son heure et suit à la lettre les conseils de son agent. Henry Willson lui a ainsi fait refaire les dents et lui a surtout donné ce nom qui fleure bon la virilité et les espaces sauvages. Solide comme un roc, libre comme le fleuve Hudson, Roy a bien conscience que tout cela est un peu ridicule mais il n'a qu'un agent et celui-ci a l'air de savoir ce qu'il fait.

Roy est de toutes les façons absolument malléable et prêt à tout pour devenir une star. Il a signé grâce à Henry un contrat de 6 mois à la Universal où il vient de tourner un film, "Undertow", dans une indifférence quasi générale. Le studio n'ayant pas la machine publicitaire de la MGM ou la Paramount, ses dirigeants signent à tour de bras de jeunes talents qu'ils lancent dans des seconds rôles et observent le résultat. Peu de spectateurs ayant remarqué Roy/Rock, il est évident que ses jours sont comptés.


Henry Willson sent donc l'urgence et se décarcasse afin de trouver l'idée qui mettra enfin Rock dans la lumière. Cela ne viendra pas, du moins pas encore, d'une de ses prestations, puisque le jeune homme n'est pas particulièrement doué et que sa réputation est entachée de la rumeur selon laquelle pour son premier et seul film à la Warner, il dût s'y prendre à 38 reprises pour lancer une simple réplique.

Il faut donc imaginer un coup comme celui qui permit à Rory Calhoun d'intéresser enfin la presse. La chose fut finalement assez simple : Henry lui fit accompagner Lana Turner à la première de "La maison du docteur Edwards" d'Hitchcock et murmura aux oreilles des journalistes que quelque chose se tramait entre les deux amis d'un soir. Dès le lendemain, Rory était en première page et intéressait tout le monde. Lana, quand à elle, était toujours heureuse de rendre un service et de passer une soirée avec un joli garçon, qui plus est potentiellement dangereux. La carrière de Rory fut stoppée lorsqu'on découvrit qu'il avait fait de la prison.



Spécialisé dans le pur-sang, Henry Willson avait cependant sous la main de nombreuses jeunes femmes prêtes à accompagner pour un soir un de ses protégés. Si Natalie Wood jouera parfaitement ce rôle dans la deuxième moitié des années 50, apparaissant innocemment aux bras de Tony Perkins ou Tab Hunter, à la fin des années 40, la partenaire préférée d'henry était Vera-Ellen qui avait déjà servi d'alibi à Guy Madison quand la presse se désespérait de ne lui connaître aucune fiancée.

Après quelques tours à Broadway, Vera-Ellen était apparue dans un musical RKO puis à la Fox avant de décrocher le gros lot : un contrat à la MGM. Elle venait de tourner dans "Un jour à New-York" avec Frank Sinatra et Gene Kelly. Elle était parfaite pour attirer les photographes.



L'idée qui surgit finalement dans l'esprit d'Henry Willson peut aujourd'hui paraître improbable : transformer Rock et Vera-Ellen en monsieur et madame Oscar, les peindre donc en or et les envoyer ainsi au Press Photographers Ball en croisant les doigts. Organisée chaque année au night-club le Ciro's, la soirée des photographes de presse d'Hollywood était un grand n'importe quoi pendant lequel les stars venaient déguisées afin d'amuser les photographes et ainsi les remercier d'être si gentils avec elles... autre temps avant les paparazzis.

Si la plupart des noms connus se costumaient en conservant un certain sens du glamour, la perspective de se rendre à la soirée en short et perruque dorée n'affola pourtant pas Rock. Vera-Ellen trouva simplement l'idée amusante et potentiellement payante. Elle n'était pas Ava Gardner et pouvait se permettre ce genre de dérive, qui ne manquerait pas de provoquer de nombreuses parutions dans la presse du lendemain.




Comme l'espérait Henry Willson, l'arrivée de Vera-Ellen et Rock provoqua une émeute et fut considérée comme le clou de la soirée. Mitraillée, Vera-Ellen était assurée d'une publicité toujours appréciable et passa la soirée à donner le nom de son partenaire que finalement personne ne connaissait mais avait terriblement envie de connaître... le charme du short ajusté sans doute.

Dans son livre "L'homme qui inventa Rock Hudson", Robert Hofler raconte que très intriguée, Louella Parson fit venir à sa table Vera-Ellen qui prit alors Rock par la main afin de lui présenter la commère. Ce fut officiellement la première interview de Rock.


Il est probable qu'un gros pot de peinture fit beaucoup pour la carrière de Rock. Universal, enfin attiré, non seulement renouvela son contrat mais le signa pour 7 ans. On lui fit prendre des cours de chant, de danse, de comédie et on le fit surtout tourner, beaucoup, 20 film en 5 ans jusqu'à ce que le miracle se produise en 1954 avec "L'obsession magnifique". Rock devint une star.

Mais le lendemain de son apparition en Oscar, Rock était bêtement malade, empoisonné par la peinture qu'il avait dû porter toute la nuit. Il se remit rapidement mais Henry Willson retint la leçon. L'année d'après, il envoya de nouveau Rock à la même soirée, aux bras cette fois de Piper Laurie mais avec à peine un peu de noir afin de le transformer en sauvage de Bornéo. Il était encore à moitié nu. Et c'est certainement ce qu'il y a de plus suave dans cette histoire...


Pour tout ce qui concerne Rock, nous ne pouvons que vous conseiller la fréquentation de l'extraordinaire "The Rock Hudson Project" mais nous en reparlerons.

dimanche 18 mars 2012

Les très suaves heures de l'histoire contemporaine : le jour où Phyllis Gates ne fut plus madame Rock Hudson.



En août 1958 fut officiellement prononcée la séparation du couple qui depuis leur mariage surprise en 1955, passionnait la presse et faisait beaucoup rire les "milieux informés", selon l'expression consacrée : celui formé par la star d'Universal Rock Hudson et Phyllis Gates.

Cette annonce n'était pas réellement une surprise puisque le public savait depuis l'année précédente que rien n'allait plus entre les deux tourtereaux, comme le montre l'article ci-dessus daté d'octobre 57. Engagé en avril et finalisé en août, le divorce, pour cruauté mentale et actes de violence à l'encontre de Phyllis, accordait à celle-ci 250 dollars par mois de pension alimentaire pour une période de 10 ans, en plus de la propriété de Rock, d'une voiture et d'un bateau.



Largement commenté et en passe de devenir un nouveau téléfilm pour HBO dirigé par le réalisateur de "My week with Marilyn", le mariage de Rock et Phyllis n'était en rien un mariage d'amour mais un moyen, assez commun à Hollywood dans les années 50, de faire taire les rumeurs de plus en plus insistantes concernant la sexualité de Rock.

Déjà menacé par la publication d'un article du magazine "Confidential" que son agent Henry Willson était parvenue à stopper en échange de "scoops" sur deux de ses clients : les séjours en prison de Rory Calhoun et l'arrestation de Tab Hunter dans une orgie exclusivement masculine, Rock Hudson n'avait eu d'autre choix que d'épouser une parfaite oie blanche, en l'occurrence, la propre secrétaire de son agent.





Durant presque trois années, Rock et Phyllis affichèrent un bonheur en apparence sans tâche, la presse relayant les déclarations suintantes de félicité de Rock qui semblait découvrir les joies de la vie maritale et le public féminin de la star s'interrogeant sur les talents cachés d'une épouse qui n'était ni célèbre, ni bouleversante de beauté et encore moins impressionnante d'esprit.

Occupé à se demander comment Phyllis avait bien pu faire pour séduire Rock, le public était beaucoup moins enclin à s'interroger sur les escapades de l'acteur en compagnie de son meilleur ami George Nader, compagnon en fait de son secrétaire particulier, ou sur le désintéressement avec lequel il n'hésitait pas à lancer la carrière de nouveau talent, comme il le fera avec Lee Majors, rencontré alors que le futur "Homme qui valait trois milliards" n'avait que 21 ans et dans des circonstances qui demeurent encore aujourd'hui totalement obscures.


Soyons émus par la photo de Rock accrochée dans la petite chambre de Lee alors apprenti vedette à Hollywood, quand il y a fort à parier que Phyllis Gates dut, elle, faire disparaître, sitôt le divorce prononcé, toute trace de son ancien époux.

Ne pouvant décemment plus revenir à son ancienne profession de secrétaire, Phyllis, qui avait connu les premières, les fourrures et la classe affaire, débuta une carrière de décoratrice d'intérieur, ne se remaria jamais et décéda en janvier 2006 à l'âge de 80 ans dans son appartement de Los Angeles. C'est un peu court pour faire une belle histoire du dimanche. Effectivement et c'est à présent que les choses deviennent véritablement suaves.


Deux ans après le décès de Rock Hudson, en 1987, Phyllis Gates fit paraître "Mon mari Rock Hudson", dans lequel, pour la première fois, elle revenait sur ses années de mariage, alors qu'elle était restée pendant 30 ans totalement silencieuse sur le sujet. Sortant alors que l'homosexualité de Rock était désormais connue de tous, le livre était pourtant d'une candeur absolue.

Non Phyllis ne savait rien de la double vie de l'acteur lorsqu'elle l'avait épousé, oui elle avait compris qu'il préférait les garçons au cours de leur union mais ô grand jamais elle n'aurait fait quoi que ce soit pour nuire à sa carrière. Comme elle concluait elle-même : elle avait eu la possibilité de briser la carrière de Rock mais ne mangeait pas de ce pain là. Admirable Phyllis dont deux livres vont cependant quelque peu ternir l'image virginale.


Sans doute plus grande échotière d'Hollywood, Liz Smith, qui depuis les années 60 officiait pour la presse Hearst avant de devenir la madame Potins de Murdoch et du réseau Fox, créa l'événement en 2000 en sortant un livre de mémoires à clef, qui comme son principe le veut, revenait sur les plus sordides histoires d'Hollywood sans ne livrer aucun nom directement. Mariée deux fois, Liz Smith ne cachait cependant pas sa bisexualité que son amitié avec l'étonnante gouverneur du Texas, la très butch Ann Richards, rendait assez transparente.


Introduite par conséquent dès son arrivée à Hollywood dans les milieux lesbiens, Liz, dans "Natural blonde", racontait comment l'épouse lesbienne d'un très célèbre acteur gay avait tenté de le faire chanter après son divorce en le menaçant de publier de très compromettants enregistrements dans lesquels il évoquait ses escapades entre messieurs. Le problème avait été réglé lorsque l'ex mari l'avait, à son tour, menacé de révéler en retour de très compromettantes photos évoquant ses escapades, à elle, entre femmes.

Liz poursuivait en ajoutant que l'ex-épouse, en quête d'argent, avait alors tenté auprès d'une de ses maîtresses mariée le même chantage, avec le même résultat catastrophique, la dame en question ayant pour époux un industriel très gay, très au courant des activités de son épouse et s'en moquant totalement.


Publiéé en 2005, l'extraordinaire biographie de Henry Willson, agent, non seulement de Rock mais de Tab Hunter, Troy Donahue, Robert Wagner, John Gavin, Guy Madison, John Saxon ou Natalie Wood, expliquait, elle, comment Rock et Phyllis s'étaient rencontrés à une soirée donnée par la petite amie de Phyllis et où Rock s'était rendu en compagnie de son fiancé du moment. Non seulement Phyllis connaissait parfaitement la situation de Rock en l'épousant, mais cela avait même été discuté dans les clauses du mariages.

Officieusement, Phyllis pouvait batifoler comme bon lui semblait avec des demoiselles alors qu'il était interdit à Rock de mettre en danger le mariage en fréquentant qui que ce soit. C'est d'ailleurs lorsque cet accord fut rompu que Phyllis demanda le divorce, Rock cédant à toutes ses exigences en raisons de ce qu'elle savait et n'allait pas tarder à vendre à des maîtres chanteurs, ce qui obligea Henry Willson à envoyer aux domiciles de ceux-ci et de Phyllis des amis à lui armés de gourdins.


A la suite de la publication d'une nécrologie d'une demi-page dans le LA Times le lendemain du décès de Phyllis Gates et dans laquelle le journaliste reprenait l'image de la jeune femme naïve, trompée et détruite par la mafia gay, une série de voix s'élevèrent et quelques articles, notamment dans "The advocate", entreprirent de, enfin, faire sortir à son tour du placard l'ex épouse secrètement lesbienne de Rock Hudson.

Nous ne sommes pas certains de la suavitude du coming out forcé et encore plus lorsqu'il est posthume mais dans le cas présent, nous n'avons aucun doute sur le fait qu'il donne naissance à une formidable page de l'histoire contemporaine. Et tant que cela nous donne des choses à raconter le dimanche...