Parce qu'on n'a jamais assez de hauteur, de laque et d'anglaises, revisitons les plus suaves créations capillaires. Et pour cette huit cent quarante quatrième édition, Betty Ford présente le modèle intitulé "Orange is the new drug".
Suaves visiteurs, et pourtant ce n'est pas faute de vous avoir dit qu'il ne fallait pas prendre de mauvaises habitudes, nous nous éclipsons à peine une semaine, à peine, et même moins. Mais pour mieux revenir évidemment.
Nous vous souhaitons, en notre absence, de bien vous porter. Et d'ici à ce que nous soyons de retour, comme il se doit, soyez suaves !
En cette rentrée théâtrale de l'année 1965, il règne à Paris une certaine effervescence mais finalement comme à chaque mois de septembre. Les établissements parisiens ont tous dévoilé leurs affiches et il ne reste plus qu'à attendre de savoir qui, parmi les 70 salles de spectacle que propose alors la capitale, va décrocher la timbale. Evidemment, l'idéal pour les directeurs de théâtre serait d'avoir misé sur la pièce qui va tenir deux ou trois ans mais le succès étant une chose très mystérieuse, on ne contentera volontiers d'une production qui finira la saison.
Voilà pourquoi on se tourne souvent vers les valeurs sûres : il y aura en cette année des reprises de Claudel, de Sartre, de Ionesco, Shakespeare et Feydeau. On jouera non pas une mais deux pièces de Marguerite Duras (moins valeur sûre évidemment), on proposera la nouvelle création de René de Obaldia, une chose étrange nommée "Du vent dans les branches de sassafras" et le nouveau mystère de Robert Thomas, monsieur "Huit femmes". Entre autre.
Il y a cependant quelque chose d'un peu différent en ce mois de septembre 1965 puisque non pas un, ni deux mais trois théâtres se sont lancés un pari hautement improbable : faire triompher à Paris une comédie musicale et attention, nous ne parlons pas d'opérette mais bien de "musical" à la sauce anglo-saxonne.
Et si ces propositions tiennent pratiquement du suicide, c'est qu'en ce milieu des années 60, en gros, le spectacle musical n'a pas vraiment la côte. Il y a bien sûr Francis Lopez qui remplit tous les deux ou trois ans le Châtelet et "Violettes impériales" ou "La Veuve joyeuse" pratiquement an alternance à Mogador (quand ce ne sont pas les "Mousquetaires au couvent") pour le reste et si on met de côté Offenbach, les parisiens vont au théâtre, ou au concert, mais pas voir les deux dans le même spectacle.
La raison de ce choix étrange tient en fait au show qui se trouve en ouverture de ce billet. Puisque, contre toute attente, l'un des gros succès de la saison 64 a été la version française de "How to succeed in business without really trying", jouée au Théâtre de Paris avec Jacques Duby, Arlette Didier et la jeune Evelyne Dandry. Cela a marché une fois, pourquoi pas deux, ou trois ou quatre. On va donc chanter à Paris.
C'est vers l'adaptation d'un énorme succès en Italie que se tournent Elvire Popesco et Robert Manuel, nouveaux responsables de Marigny qui rouvre ses portes après 5 ans de travaux. "Il giorno della tartaruga", traduit logiquement par "Le jour de la tortue" se joue depuis un an à guichets fermés à Rome. C'est un spectacle rapide, drôle et surprenant puisque, accompagnés de danseurs, deux comédiens seulement jouent tous les rôles de cette longue scène de ménage.
On embauche des figures très familières du public, Annie Girardot et Philippe Nicaud, on les enferme pendant des semaines dans un studio de danse et on fait venir de Rome le chorégraphe américain responsable de la production italienne, Buddy Schwab. Coût de l'opération : 66 millions d'Anciens Francs, c'est énorme.
Et pour avoir une idée de ce que donne la version originale, c'est ci-dessous :
Au théâtre Antoine, ce sont près de 50 millions qui ont été nécessaires à la directrice Simone Berriau et à l'éditeur Robert Laffont pour pouvoir monter l'énorme succès des planches londoniennes, "The Boy Friend" de Sandy Wilson, crée en 1954 et qui permit l'année d'après à Julie Andrews de faire ses débuts à Broadway.
Robert Laffont s'est lancé dans l'aventure avec une certaine inconscience, délaissant pour une fois ses auteurs. Mais il est sûr de lui, d'autant qu'il a obtenu Suzy Delair et Daniel Ceccaldi comme tête d'affiche et une partie de l'équipe des "Raisins verts", Jean-Christophe Averty assurant la mise en scène, Jean-Loup Dabadie l'adaptation et Dick Sanders la chorégraphie.
On a beaucoup investi dans les costumes et les décors, toutes les danseuses ont accepté pour le spectacle de se couper les cheveux, ce qui a beaucoup été répété dans la presse, il y a des seconds rôles désopilants, Laurence Badie et l'incomparable Madeleine Clervanne et pour avoir une idée de ce que cela donne, monté par l'opéra de San Diego, c'est ci-dessous :
Au théâtre de Paris, c'est également une adaptation que l'on propose mais française cette fois puisque Roger Pierre et Jean-Marc Thibault vont être les deux héros de "Deux anges sont venus", version chantée et dansée de l'énorme succès de la pièce d'Albert Husson créée en 52, "La Cuisine des anges" dans laquelle trois bagnards à Cayenne sauvaient une famille dans le besoin. Hollywood en avait même fait un film en 55.
Et si le budget du spectacle est impressionnant, 87 millions, c'est que c'est Albert Husson lui-même qui a assuré l'adaptation, les chansons sont signées Georges Garvarentz, beau-frère d'Aznavour, certes mais surtout auteur de "Retiens la nuit", "Désormais" ou "La plus belle pour aller danser".
On a également invité les danseurs de Katherine Dunham, légende de son vivant de la danse contemporaine et Evelyne Dandry montre une nouvelle fois qu'elle n'est pas que la fille d'André Dassary mais une jeune première pétillante.
Et pour avoir une idée de ce que cela donne, vous n'irez nulle part puisqu'il nous a été impossible de trouver le moindre document sonore de ce spectacle, dont on tira pourtant un 45 tours sorti chez La Voix de son maître.
Alors ? Cette guerre des "musicals" à Paris ? Eh bien nous sommes au regret de conclure ce billet en vous annonçant que cela fut un gigantesque pétard mouillé puisque les trois spectacles sombrèrent corps et âme et surtout corps et biens, laissant aux trois théâtres des dettes pour plusieurs années.
Le premier à s'arrêter sera "Le Jour de la tortue", qui tirera sa révérence après seulement 20 représentations et malgré la venue de Gina le soir de la première. Suivra "Deux anges sont venus", renvoyé au paradis après 40 représentations. "Le Boy friend" ira jusqu'aux fêtes de fin d'année mais sera remplacé dès janvier 66 par un Pirandello avec Delphine Seyrig et Jean Rochefort.
On conclura donc que le succès d'une comédie musicale avait été un accident et on ne recommencera pas de si tôt l'expérience puisque trois spectacles très différents avaient été des fours. On oubliait cependant que ces trois tentatives étaient en fait très liées puisque Husson, auteur de "Deux anges sont venus" avait signé l'adaptation du "Jour de la tortue" et que, par exemple, Buddy Schab, responsable des chorégraphies du "Jour de la tortue" s'était occupé de celles du "Boy Friend" à Broadway.
Il faudra attendre 4 ans pour qu'un musical revienne à Paris, ce sera "Hair" pour la saison 69 au théâtre de la Porte St Martin, avec le succès que l'on sait, ce qui poussera les producteurs à renouveler l'expérience en 75 avec le "Rocky Horror show". Mais malgré cela, malgré "Starmania" ou "Les Misérables", on continuera de clamer que le public français n'aime pas les comédies musicales, jusqu'à ce qu'à l'orée des année 2000, Luc Plamondon et Richard Cocciante ne nous offrent "Notre Dame de Paris", ouvrant la voie à tous les spectacles qui remplissent depuis les Zenith et le Palais des Congrès.
Il suffisait donc, non pas d'adapter un succès anglais ou américain, ou une pièce ayant fait ses preuves ("My Fair Lady", pourtant...) mais de puiser dans une culture collective populaire et d'y ajouter des chansons qui pourraient passer en radio. Et donc pourquoi pas Louis XIV, qui deviendra "Le Roi Soleil", Robin des Bois ou Moïse ?
On oublie cependant qu'en 1950, une jeune américaine sachant utiliser ses colts avait déchaîné les foules au Châtelet. C'était Lily Fayol dans "Annie du Far-West" et là, nous avons les archives. Comme quoi, parfois, lorsque c'est bien fait...
La Touche Brazil sans laquelle un weekend n'est pas totalement suave nous confirme qu'on trouve au moins une bossa nova dans la discographie d'à peu près tout le monde... et nous serons d'accord qu'en plus, Kay Starr n'est pas tout le monde puisqu'elle est une Starr.
Puisqu'il semblerait que nous soyons en train de reprendre de bonnes habitudes, comprenez une régularité sans faille dans nos publications qui nous pousse d'ailleurs à nous écrier : "Attention, ça ne durera pas !", les mp3 du weekend sont venus logiquement nous rappeler que cela faisait bien longtemps que nous ne vous avions emmenés au cinéma.
Et avant de dévoiler le contenu de ce quatrième opus de "Soyons-Suave au cinéma", précisons à nouveau son principe : exhumer des pépites musicales et cinématographiques, généralement entendues lors du générique de fin ou d'une course poursuite et qui n'eurent que très rarement la chance d'une sortie digne de ce nom.
Très années 60, cette nouvelle compilation s'est par accident et par trois fois retrouvée en présence de Lana Turner, enfin de films de Lana et par deux fois face à Debbie Reynolds, deux actrices fort différentes mais qui brillèrent particulièrement lors de cette décennie.
C'est évidemment tout de suite intéressant lorsque Debbie ne chante pas dans le film, ni le moindre air, ni la chanson titre et ce serait intéressant si Lana, elle chantait, ce qu'elle ne fit jamais. Par contre dans "The big cube", elle prend beaucoup de LSD et nous ne voyons que l'obscure chanson du générique qui soit aussi addictive.
Et c'est avec émotion que nous réalisons que la vidéo ci-dessus a été postée par notre amie BBJane, dont nous n'avons jamais douté du bon goût.
Vous allez retrouver en cliquant à la fin de ce billet des choses signées Johnny Williams ou Ray Conniff, Della Reese ou Vic Damone, des choeurs enfiévrés et même Claudine Longet, dans la rarissime version du générique de l'adaptation de "La puce à l'oreille" de Feydeau, version qui ne figure pas sur la BO mais qu'on retrouva par accident en face B d'un 45t sorti quelques années plus tard.
Et puis il y a le méconnu "The corrupt ones" de Dusty Springfield, autre exilé de la face B ou la surprenante version par les Supremes du thème de "Tendre est la nuit", dont le titre espagnol, "Suave es la noche" est cher à notre coeur.
Voici donc 12 petites choses amusantes et si suaves que c'en est parfois difficilement supportable, c'est du moins ce qu'ont essayé de nous faire comprendre nos voisins après la 100e écoute de "Make me rainbows".
1. Claudine Longet - A Flea in her ear
2. Vic Damone - Love me longer (de "Arrivederci baby"
3. Nancy Sinatra - The Last of the secret agents
4. Johnny Williams chorus - Make me rainbows (de "Fitzwilly")
5. Val Johns - Lean on me (de "The big cube")
6. The Supremes - Tender is the night
7. Della Reese - By love possessed
8. Don Cherry - Another time another place
9. Jackie Cain - Second chance (de "Two for the seesaw")
10. Bobby Darin - Goodbye Charlie
11. The Picardy singers - Montage (de "How sweet it is")
12. Dusty Springfield - The corrupt ones
Et pour télécharger tout ceci au format zip, vous savez comment faire.
Comme chaque weekend, ou presque, ou vraiment presque, ou vraiment vraiment presque, Soyons-Suave devient "Soyons-Suave Weekend", c'est à dire la même chose mais en plus "fin de semaine", un supplément détente qui vous permettra, sans erreur, d'affirmer que, oui nous sommes samedi, crévindiou nous sommes dimanche.
Et au programme de ce 125e numéro, petits chanceux que vous êtes : un chapeau, une idée repas, de la mode, des mp3 qui vous emmènent au cinéma, une caresse, une histoire de musique et de gros sous, une touche Brazil et du café.
De belles histoires, de douces musiques, de chatoyantes couleurs pour vos yeux. C'est le weekend. C'est "Soyons-Suave weekend" !
Impossible d'envisager une fin de semaine sans notre cher ami Jean-Michel, qui chaque vendredi, partage avec nous, et le monde, les plus suaves clichés de son album photos.
Jean-Michel, 31 ans, est un peu décolleté pour la saison.