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mardi 9 juillet 2024

Et maintenant chantons.


Composée vers la fin de 1940 par le formidable tandem Nacio Herb Brown et Gus Kahn, la chanson "You stepped out of a dream" devait à l'origine être la pièce de résistance de la comédie musicale MGM "Ziegfeld girl", réalisée par Robert Z. Leonard. 

Mais par un mystérieux concours de circonstance, c'est Glenn Miller qui s'empara le premier de la partition et grava sur disque ce qui allait devenir un des tubes monstrueux de l'orchestre de danse le plus célèbre des années 40.  

Apprécions que cette même année 1941 seulement, Glenn enregistra 45 (!!!) 78 tours parmi lesquels "In the mood", "Midnight cocktail" ou "Chattanooga choo choo". Et si tout ceci ne vous dit rien, il vous reste 15 secondes pour filer sur Google avant que l'ire de la musique ne s'abatte sur vous.  




































































D'ailleurs, peut-être est-il également salutaire de préciser que tous les noms cités précédemment furent des mammouths dans leurs domaines d'activités respectifs. Brown et Kahn créèrent, entre autre, "Singing in the rain", "Dream a little dream of me", "It had to be you" ou "Temptation" (saga de l'été dernier), Robert Z. Leonard, parfois comédien, réalisa 106 films et dirigea absolument tout le monde à Hollywood, de Mae Murray son épouse dans les années 20 à Greta Garbo, jusqu'à Lollobrigida à la fin des années 50. 

Quand à Glenn Miller, il fut à la tête du big band qui inspira tous les big bands, jusqu'à ce qu'il disparaisse sans laisser de trace dans le crash de son avion en décembre 44. 

En 1941, pour revenir à nos arpèges, "You stepped out of a dream" est le fox-trot langoureux qui fait danser les foules et s'apprête à devenir la bande-son de la vie de Lana Turner puisque, quelques semaines après la version de Glenn Miller, le public va l'entendre chanté par Tony Martin, afin d'évoquer ce mirage que fut Lana, dans "Ziegfeld girl". Illustration : 


Pendant les 15 années qui suivirent, et en raison du triomphe du film, Lana Turner ne put se présenter quelque part (restaurant, première, Carrefour Contact) sans qu'un orchestre ne se mette à jouer "You stepped out of a dream", ce qui à la longue peut devenir exaspérant. 

A l'inverse, c'est sans doute pendant le tournage du même film que Judy Garland débuta sa prise d'anxiolytiques, coincée au générique entre Lana et Hedy Lamarr, pas forcément les partenairesles plus judicieuses pour une adolescente persuadée d'être laide, grosse et bossue. 

En tout cas, ce fut le moment de gloire de Tony Martin, cas intéressant de la galaxie des crooners, qui grava des centaines de titres, décrocha des brouettes de disques d'or et fut un temps l'artiste le mieux payé de Las Vegas, sans pour autant parvenir au statut de star. 



































Il fut néanmoins pendant 278 ans... oui c'est exagéré, le chiffre exact est 60 ans, monsieur Cyd Charisse et si cela n'est pas suave, nous ne savons pas ce qui l'est. Il ne nous a jamais semblé plus intéressant que cela aussi n'ajoutons rien à son sujet. 

Si ce n'est qu'en 1965, il grava un 45 tours chez Motown dont l'existence même est encore plus mystérieuse que la pierre de Rosette. Imaginons Jean Sablon enregistrant pour le label des Garçons Bouchers et nous aurons une équivalence acceptable. Ce ne fut pas le disque de l'année mais cela a le mérite d'exister. Cadeau. 

mardi 17 août 2021

Et maintenant chantons !


Le deuxième épisode de notre saga musicale consacrée cette semaine à "I don't care if the sun don't shine" va nous permettre de nous pencher, enfin, sur trois individus un rien mystérieux : Tony Martin, Henri René et Mack David, dont nous avons souvent croisé la route, un peu intrigués par leurs parcours mais en repoussant à chaque fois le temps de l'investigation. Réjouissons-nous : il est enfin venu ! (le temps des cathédrales). 

Et afin de rendre notre propos tout à fait limpide, faisons le lien entre tous les éléments cités ci-dessus : Tony Martin est le créateur en 1950 de "I don't care...", accompagné par l'orchestre de Henri René, une chanson écrite, paroles et musique par Mack David. Voilà pour le point de départ. 




































Pour nous et pour l'éternité, Tony Martin est avant tout monsieur Cyd Charisse, 60 ans de mariage de 1948 jusqu'au décès de l'actrice (et notre invitée il y a peu) en 2008. Mais évidemment ce n'est pas une profession : Tony fut surtout chanteur, de charme, d'orchestre, de comédies musicales, cumulant les succès et les disques vendus à plus d'un million d'exemplaires de la fin des années 30 jusqu'au milieu des années 50. 

Mais alors pourquoi ne fut-il pas Frank Sinatra ? Le physique était sympathique, la voix d'or et le talent là ! Sans doute parce que quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Tony n'eut cependant pas à se plaindre, il devint résident permanent de Las Vegas à partir des années 50, gagna des fortunes et s'offrit même un très surprenant contrat chez Motown dans les années 60. 

Et même s'il ne fit pas un réel succès de "I don't care...", court-circuité par Patti Page qui en deux mois propulsa la chanson dans les hit-parade, cela reste son titre, peut-être pas phare mais légèrement lumineux quand même. 












































Sur "I don't care...", Tony Martin était donc accompagné par l'orchestre de Henri René, un patronyme sentant bon la blanquette et le pot de Brouilly, et qui à une époque semblait apparaître sur un disque sur trois que nous nous procurions. Henri René a enregistré des albums d'ambiance dont les pochettes sont très nuisettes et parfois très Jayne Mansfield, il a accompagné Eartha Kitt, Julie Andrews ou Dinah Shore, vraiment entre autre, et propulsé les Bell Sisters, évoquées ici. 

Tout cela est formidable mais pourquoi donc "Henri" et non "Henry" et surtout "René" avec un accent aigu qui dut souvent agacer les phototypistes américains ? Eh bien parce que monsieur était français par sa mère et allemand par son père, né à New York, certes, mais lorsqu'il dut choisir un nom de scène lorsque sa carrière décolla après la Seconde Guerre Mondiale, pour d'évidentes raisons, il trouva que Henri René sonnait mieux que son véritable patronyme : Harold Kirchstein ! 


































Mack David, le compositeur de "I don't care..." n'eut pas de problème de pseudonyme, enfin pas au début de sa carrière qui fut fulgurante et couverte de nominations aux Oscars et de disques certifiés platine, jusqu'à ce que son petit frère, Hal, ne décide de suivre ses traces et finisse par former un tandem qu'on ne présentera pas avec Burt Bacharach. (avec lequel Mack avait commencé à collaborer sur "Baby it's you")

Presque oublié au profit de Hal ans les années 60, Mack fut pourtant pendant deux décennies la star de la famille, et finalement le lien entre presque toutes nos publications de cet été : il a oeuvré sur la bande originale de "Alice au pays des merveilles", écrit les paroles pour "Bachelor in paradise" de Mancini et écrit paroles et musique de notre saga de la semaine. 

Il nous touche toujours de relire qu'en 1948, Mack composa une petite chose pour Frank Sinatra, qui ne fit pas grand chose, mais qui se rappela à son souvenir lorsque le compositeur assista en 1964 à la première de "Hello Dolly". Cela n'a plus rien à voir avec "I don't care..." sauf que Mack David s'en souçia. Procès et règlement à l'amiable. Ce n'est jamais très suave, le plagiat...