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jeudi 25 août 2022

Et maintenant chantons !


Si à ce stade nous remettons en perspective ce que nous savons sur "Scandale dans la famille", nous avons donc une chansons écrite en 1943 par le roi du calypso Sir Lancelot pour un film de Zombie, exhumée en 1957 par l'impératrice de la musique folk Odetta en 1957, et qui va, dix ans plus tard, devenir le riant tube de l'été en France et en Angleterre, ainsi qu'au Canada mais dans une version légèrement différente. 

Il nous manque de toute évidence une articulation à cette trajectoire pour le moins surprenante, qui nous est enfin donnée en 1962 par un autre roi du calypso, Lord Melody, dont nous pouvons supposer qu'il s'agit d'un pseudonyme. Originaire de Trinidad et Tobago, Lord Melody va se battre pendant de nombreuses années pour régner en maître incontesté du calypso dans les Caraïbes, jusqu'à reprendre la vieille composition de Sir Lancelot mais en lui ajoutant de nouvelles paroles plus susceptibles de faire danser. 

Sortie en 1962, la chanson va devenir un hit dans les îles, remonter jusqu'à la Jamaïque, et atteindre enfin le continent américain. Et c'est à cette version désormais qu'on se réfèrera dès lors qu'on parlera de scandale dans une famille. 


Ce qui n'arrange parfois pas la traçabilité de "Scandale dans la famille" est que, les années passant, la chose fut parfois enregistrée avec pour titre les premiers mots du refrain : "Woe is me", parfois même "Ah woe, ah me", ou, comme ce sera le cas avec Madness en 2005 : "Oh misery"

C'est en tout cas toujours la même chanson, mais cela ajoute de la confusion, qui n'est rien en comparaison de ce qui nous attend demain. 

mercredi 24 août 2022

Et maintenant chantons !


Selon toute vraisemblance, la première fois qu'on put écouter sur disque "Scandale dans la famille" fut en 1956 sur le deuxième album de celle qui allait devenir une des voix les plus importantes de l'Amérique noire : Odetta Holmes. Si ce nom ne vous dit rien, prenez simplement en compte qu'Odetta est citée comme l'artiste qui inspira Bob Dylan Joan Baez ou Janis Joplin, en plus d'avoir été l'idole de Harry Belafonte. 

Née en 1930 et disparue quelques semaines à peine avant l'investiture de Barack Obama en 2009 au cours de laquelle le futur président avait souhaité qu'elle chante (et donc fatalement non), Odetta enregistra en presque 70 ans de carrière une trentaine d'albums qui contribuèrent à faire définitivement entrer la musique folk dans le répertoire américain. Blues, jazz, spitituals : Odetta fut la voix du mouvement des droits civiques aux USA et une déesse pour toute une génération qui ne voulait ni de la ségrégation, ni de la guerre du Vietnam. 

En 1956, elle enregistrait donc "Shame and scandal", dont les paroles originales sont relativement obscures et n'ont rien à voir avec la bondissante histoire d'adultères qui enflamma la France 10 ans plus tard. Nous sommes sur une île, il y a un hollandais, son frère et sa femme. Il y a du vaudou et une jeune infirmière. Et des drames. Et forcément un scandale familial. 



































Et soudain caramba ! Ces paroles d'apparence confuses, ne racontent-elles pas tout simplement l'intrigue du film de Jacques Tourneur "I walked with a zombie", réalisé en 1943 ? Et n'entend-on d'ailleurs pas dans le film une chanson avec ces mêmes paroles, intitulée "Shame and scandal in the family" ? En fait la chanson aurait été composée pour le film ? 

Suaves visiteurs, "Scandale dans la famille" est donc la version revisitée d'une chanson écrite en 43 par Sir Lancelot à propos de possession et de rite vaudou. Et ça, si ce n'est pas la surprise de la semaine ?