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lundi 27 février 2023

Et maintenant chantons !


Proclamons notre amour éternel pour Bobbie Gentry, qui a fêté ses 80 ans en juillet dernier et que personne n'a jamais revu depuis 1982. Et reconnaissons que pour une chanson très Zola sur une mère qui prostitue sa fille avant de mourir de faim, ça swingue quand même un peu plus que L'Assommoir...

jeudi 1 septembre 2022

Et maintenant chantons !


Lorsqu'en 1965, Chris Connor fait partie de l'immense cohorte qui va enregistrer "Feeling good", elle a déjà une vingtaine d'albums à son actif et étrangement, c'est presque pour elle le début de la fin. Chanteuse la plus branchée des années 50, elle fut pour le jazz ce que Peggy Lee fut à la pop : un modèle à suivre qui transformait tout ce qu'elle gravait sur disques en tube. Mais peut-on rester hip toute sa carrière ? Evidemment non. 

Ce qui explique sans doute le virage bossa nova qui en 65 était la musique à la mode. On y vit une tentative un peu désespérée pour rester dans le coup. Nous y voyons un album absolument délicieux. Comme quoi, tout est question de perspectives...

Si nous envisageons aujourd'hui "Feeling good" comme la chanson permettant à certains artistes un peu en pente descendante de rester dans la lumière, et prêts à explorer des styles musicaux relativement expérimentaux (Chris Connor et la bossa n'étaient pas vraiment une évidence), comment ne pas parler de Dorothy Ashby, autre injuste absente jusqu'à ce jour de nos page, l'Impératrice de la harpe, et en tout cas la seule harpiste groovy à notre connaissance, puisqu'il ne nous semble pas que Lily Laskine se soit un jour attaquée à Stevie Wonder. 























Originaire de Detroit et dans ses jeunes années harpiste classique, Dorothy Ashby avait un but dans l'existence : populariser la harpe auprès du public de façon générale et si possible noir de façon plus particulière. La relative obscurité dans laquelle elle se trouve aujourd'hui prouve malheureusement que dans les années 50 et 60 ( car sa carrière fut très longue et propose de très glorieuses associations), personne n'avait réellement envie de voir ou entendre une telle chose. 

Si le coeur vous en dit, nous ne pouvons que vous recommander ses trois albums de 1965, 68 et 69 dans lesquels elles s'attaquaient à la pop et à la soul. C'est exquis et toujours un peu étonnant. Et vous l'avez sans doute entendue sans le savoir puisqu'à partir des années 70, on va la retrouver comme harpiste sur 1 album de soul sur 3 : Earth Wind & Fire, Stevie Wonder, Gladys Knight, Bill Withers... Elle est partout. 

Très déterminée à sortir du Cotton Club et à ne plus être vue comme une ancienne gloire de la MGM, Lena Horne va, elle aussi, aborder un virage à partir des années 60 et s'aventurer loin des standards qui ont fait d'elle une superstar. A partir de 1963, Lena devient latine, puis soul, puis pop. Elle fréquente des guitaristes hongrois et même Michel Legrand. Evidemment, elle reviendra à "Stormy weather" en fin de carrière, comme le saumon revient toujours... et vous connaissez la suite. 



Où est donc Bobbie Gentry ? Voilà une question dont beaucoup de gens, et pas seulement journalistes, aimeraient connaître la réponse car depuis 1982, la pionnière de la country-pop est quasiment invisible, ce qui fait d'elle la Greta Garbo de la guitare acoustique. 

Grosse sensation des années 60, entre 1967 et 1971, Bobbie enregistra 7 albums pour Capitol, décrocha 3 Grammy et un numéro 1 des charts qui détrôna les Beatles. Et puis bye bye. Mais ce qu'on découvrit en 2018, c'est qu'à la même période, elle enregistra des wagons de demos (dont "Feeling good") et de titres qui restèrent dans les archives du label, qui eut la bonne idée de tout ressortir dans un luxueux coffret vite épuisé. 

Nous n'écrivons jamais cela avec une intention particulière mais savez-vous que finalement, Noël n'est pas si loin ? 




lundi 14 avril 2014

Le Brushing du jour.

































Parce qu'on n'a jamais assez de hauteur, de laque et d'anglaises, revisitons les plus suaves créations capillaires. Et pour cette cinq cent cinquante sixième édition, Bobbie Gentry présente le modèle intitulé "The Country Frizz". 

dimanche 6 avril 2014

Les très suaves heures de l'Histoire contemporaine : le jour où Billy Joe MacAllister décida d'en finir.





















Lors de l'été 1967, tous les américains ne se posent qu'une question : pourquoi donc Billie Joe MacAllister s'est suicidé en se jetant d'un pont dans la Tallahatchie River ? La raison : un disque, signé d'une nouvelle venue, Bobbie Gentry, qui en quelques semaines va devenir un tube gigantesque et chasser les Beatles et leur "All you need is love" de la première place des hit-parade. 

Et alors que vous venez de lire ces quelques lignes introductives, vous vous demandez peut-être pourquoi Billie avec un "e" quand on annonce en titre billy avec un "y". Suaves visiteurs, c'est précisément là, la belle histoire du dimanche. 



Mais avant toute chose, revenons au point de départ. Comme vous pouvez le voir sur l'archive de la BBC ci-dessus, Bobbie Gentry est une magnifique jeune femme qui en 1967, se rend dans les studios de Capitol à Los Angeles afin d'enregistrer des maquettes. S'accompagnant à la guitare, elle joue pour un producteur deux titres, "Mississippi Delta" et "Ode to Billie Joe" qui vont convaincre Capitol de lui donner sa chance.

Le producteur ajoute des cordes au 2e titre, profitant d'avoir sous la main un quatuor dont il ne sait pas trop quoi faire et en juillet 67, le disque est distribué aux stations de radio. Souvenons-nous avec émotion de ce temps où les programmateurs faisaient ce qu'ils voulaient : comme cela s'est parfois produit dans l'histoire, les DJ's préfèrent la face B et c'est "Ode to Billie Joe qui se met à passer sur les ondes, bientôt en boucle. A la fin du mois d'août, il est numéro 1.
























Le fait que Bobbie Gentry, auteure, compositrice et interprète soit très photogénique joue sans doute dans le succès du disque mais n'enlevons pas à César (et vous connaissez la suite), "Ode to Billie Joe" est une chanson très intrigante et surtout très surprenante, évoquant de façon badine un suicide dont on ne connait pas la raison.

Vous connaissez par contre la version qu'en livrera quelques mois plus tard Joe Dassin et qui est une traduction pratiquement littérale de la version originale, à ceci près que Billie Joe, un garçon, attention, ne nous trompons pas, y est remplacé par Marie Jeanne, donc vous connaissez l'histoire : une famille déjeune après avoir travaillé aux champs (de coton en anglais, dans les vignes en français) et la mère annonce un suicide (Billie Joe en anglais, Marie-Jeanne en français) alors qu'on fait un sort au repas (des haricots, des pains de maïs et de la tourte aux pommes en anglais, du gratin, du pain et du vin en français).






















En tout cas, en anglais comme en français, on ne sait pas pourquoi Bobbie/Marie-Jeanne s'est suicidé(e) et en particulier aux Etats-Unis, cela va légèrement agacer. Parce que nous sommes en 1967 et que la chanson se déroule dans le delta du Mississippi, on échafaude des théories et celle qui revient le plus souvent est que la narratrice de la version originale a eu une relation avec Billie Joe, qu'ils étaient tous deux de couleurs différentes et qu'un enfant est né de cette idylle. Amour impossible, Billie Joe se suicide après que les deux jeunes amants aient tué le fruit de leurs amours, puisque la chanson précise qu'on a vu, peu de temps avant son acte désespéré, Billie Joe et une jeune fille jeter quelque chose dans les eaux de la rivière.

Infanticide, relation interraciale, suicide : c'est donc bien une chanson étrange qui devient numéro 1 en 1967 et qui va être à la fois le triomphe et la croix de Bobbie Gentry.













































Entre 1967 et 1971, Bobbie Gentry va enregistrer 6 albums, avoir un show à la BBC, chanter en vedette à Las Vegas et, consécration ultime, voir sa maison de disque sortir un "Greatest hits" et puis plus rien. Du jour au lendemain, elle va littéralement disparaître, refusant la moindre interview et n'écrivant plus une note. Aujourd'hui encore on ne sait pas exactement où elle se trouve et comment elle vit.

Seule certitude : ses chansons lui assurent encore un très confortable revenu, en particulier "Fancy", composé en 1970 et dont la chanteuse Reba McEntire fera un immense succès en 1990 en en vendant plus de 3 millions d'exemplaires.



Bon. Tout cela est bien joli mais cela ne nous dit pas pourquoi Billie Joe s'est jeté du pont dans la Tallahatchie River. La réponse ne viendra pas de Bobbie Gentry qui, interrogée à ce sujet, déclarera qu'elle n'en avait aucune idée. Ce qui l'intéressait en écrivant ce texte était l'atmosphère. Et à propos, une légende tenace prétend qu'au départ, la chanson faisait 7mn et que Capitol la réduisit à 3mn en coupant des couplets qui livrait les réponses à toutes les questions. Bobbie Gentry a été, à ce sujet, toujours catégorique : c'est faux. 

La réponse, enfin, une réponse, viendra en 1976 avec la sortie en salle du film "Ode to Billy Joe" qui permet enfin au "y" de trouver sa place dans ce post. L'affiche était prometteuse en assurant que le film dirait tout ce que la chanson laissait dans l'ombre. "Ode to Billy Joe" sera un très gros succès de l'été, pour retomber dans un certain anonymat par la suite. D'ailleurs tentons l'expérience : l'avez-vous vu ? Il y a de grandes chances pour que la réponse soit non. 


















Voilà pourquoi nous allons vous dévoiler le mystère : dans le film, Billy Joe se jette du pont parce qu'il a découvert qu'il était homosexuel. 

Ah ah ah ! Cela donnerait presque envie de réécouter Joe Dassin. 

dimanche 3 mars 2013

Les très suaves heures de l'histoire contemporaine : le jour où un échec fut un succès et un succès un échec.

















Le 25 avril avril 2010 débutaient à New York les représentations de ce qui était annoncé comme un évènement : la reprise de "Promises Promises", comédie musicale invisible depuis sa création en 1968. Il est fréquent que Broadway recycle ses anciens succès mais dans le cas présent, il s'agissait plus de donner une seconde chance à un spectacle qui, dans l'esprit de tous, avait été un échec. 

Pourtant, en 1968, "Promises Promises" était le show dont tout le monde parlait et cela pour deux raisons. Il s'agissait tout d'abord de l'adaptation sur scène du triomphe de Billy Wider, "La garçonnière", oscar du meilleur film en 1960 dont le livret avait été écrit par Neil Simon. Et surtout, pour la première fois, Burt Bacharach et son parolier Hal David s'aventuraient sur la 42e rue. Et il était difficile de faire plus hot que Bacharach en 1968. 





































Si certains prétendent que la popularité, immense, de Bacharach à la fin des années 60, tenait surtout au fait que, pour une fois, un compositeur ne ressemblait pas à un bibliothécaire, il est plus réaliste d'attribuer son succès à ses seuls talents de compositeur. 

Et à sa productivité : depuis 1957, pas une année sans qu'une chanson signée de sa main ne figure dans le top 10 des ventes. Et secondé par Dionne Warwick, ils devenaient plus dangereux pour les hit-parade qu'Attila et sa horde : "Don't make me over", "Walk on by", "I say a little prayer", plus les bandes originales de "What's new pussycat" et "Casino royale".























En 1968, Burt Bacharach et Hal David s'attellent donc à leur première comédie musicale dont les chansons sont écrites très rapidement, comme à leur habitude. Le show, produit par David Merrick (Gypsy, Oliver, Hello Dolly...) et chorégraphié par Michael Bennett (futur chorégraphe de Company, Follies et Chorus Line) s'annonce comme une énorme machine, avec tout de même une ambition : faire enfin entrer la musique contemporaine à Broadway. 

Après des essais à Boston et Washington, le spectacle est modifié, Bacharach et David suppriment certaines chansons, en écrivent de nouvelles et enfin, le 1 décembre 1968, "Promises Promises" ouvre au Shubert Theater de New York. Et c'est alors que débute notre belle histoire du dimanche. 



Si on se fie aux archives de Broadway, "Promises Promises" va se jouer pendant 4 ans et 1300 représentations, pendant que parallèlement, une troupe s'installera à Londres pendant presque deux ans. La comédie musicale remportera 2 Tony : meilleur acteur pour Jerry Orbach et meilleur second rôle féminin pour Marian Mercer. La bande originale héritera d'un Grammy. On est à priori assez loin de l'échec.

D'où vient donc cette idée fort répandue que "Promises promises" fut un four et que de reprendre le spectacle en 2010 était un suicide ? Aussi étrange que cela puisse paraître, cette sensation provint de la musique, c'est à dire des chansons de Bacharach et David, qui ne firent pas exactement sur le public l'effet escompté.





















En fait, la carrière de la bande originale de "Promises promises" est un magnifique exemple de ratés et de maladresses qui commence lorsque, Dionne Warwick enregistre des titres du show sur son nouvel album, qui sort quelques semaines avant que le spectacle n'arrive à Broadway.

Burt en souhaitait le plus grand nombre, seuls deux finalement sont retenus, la chanson "Promises promises" et "Whoever you are, I love you". La première va tout de suite se classer dans les charts à la 19e place mais rapidement suivi par un autre titre de l'album, "This girl's in love with you", qui monte aussitôt à la 7e, ce qui est formidable, sauf que cette chanson ne fait pas partie du show. Premier malentendu : les spectateurs de la comédie musicale l'attendent, en vain.






















"I'll never fall in love again", peut-être le seul véritable tube de "Promises promises" n'avait aucune chance de figurer sur l'album de Dionne Warwick puisque la chanson fut intégrée au spectacle lors des essais à Boston. Elle est par contre repérée par Bobbie Gentry, qui est une star depuis son "Ode to Billy Joe" alias la "Marie Jeanne" de Joe Dassin, qui l'enregistre et devient numéro 1... mais en Angleterre. Elle ne sera popularisé aux USA qu'en 1970 lorsque Dionne Warwick pourra cette fois mettre la main dessus.

De leurs côtés, Tony Bennett, Bobby Short ou les Enoch Light Singers reprennent "Whoever you are, I love you" mais sans jamais en faire un succès. D'autres tentent "Knowing when to leave" comme la jeune Sue Raney ou les Carpenters. Et c'est tout. Quatre chansons de "Promises Promises" se promènent sur les ondes et dans les magasins de disques mais sait-on seulement qu'elles sont extraites de la comédie musicale ? En fait non.
























Le problème des chansons de "Promises promises" peut être résumé de la façon suivante : trop stylisées pour Broadway et trop Broadway pour les radios. La carrière de la bande originale était en fait jouée d'avance lorsque David Merrick, le producteur, comprit qu'il était impossible aux spectateurs de sortir du théâtre en fredonnant un des airs entendus, pour la simple et bonne raison qu'ils étaient infredonnables après une seule écoute.

Essayez d'ailleurs, par exemple, en suivant "Knowing when to leave" par Dusty Springfield, que la chanteuse jugera plus sage de ne jamais graver sur disque. Où est le refrain ? Ah, il est déjà passé ! Mais non le voilà. C'est à devenir fou. Entre nous, essayer la perruque nous semble beaucoup accessible que la chanson.



En 1969, un peu déçu que ses chansons pour "Promises promises" n'aient pas occasionné le raz de marée qu'il espérait, Burt Bacharach va décider de lui-même s'en charger. L'album "make it easy on yourself" reprend donc les quatre titres qui ont déjà été exposés aux oreilles du public : "I'll never fall in love again", "Knowing when to leave", "Promises promises" et "Whoever you are I love you", plus une cinquième, le tout arrangé cette fois comme il l'entend.

La première se classera à la 18e position des charts et c'est tout. Burt Bacharach ne sera jamais Cole Porter, Irving Berlin ou Gerschwin. Il y a au moins 7 tubes imparables dans "Porgy and Bess". Il y en a à peine un dans "Promises promises".
























"Promises promises" sera la seule tentative de Burt Bacharach à Broadway, tout comme "Les Horizons perdus" sa seule participation à un film musical. Bacharach maîtrisait l'enregistrement des albums en studio, l'écriture d'une chanson pour la radio, il sera désolé de ne pas pouvoir faire plus.

Les producteurs du revival de "Promises promises" en 2010 en firent plus, eux, puisqu'ils jugèrent plus sage d'ajouter aux chansons originales deux immenses tubes de Bacharach, "I say a little prayer" et "A house is not a home", qui se retrouvèrent donc, alors qu'ils n'avaient rien à y faire, dans cette reprise. Les spectateurs furent contents, ils connaissaient maintenant au moins 6 chansons. Le show se joua pendant 300 représentations.