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vendredi 4 octobre 2013

La question suave du jour : un tournage est-il épuisant ?




























On l'ignore trop souvent mais un tournage de film est une chose épuisante qui nécessite, afin de parvenir sans dommage à la fin du plan de travail, de nombreuses pauses réparatrices. Si le café et la cigarette, et accessoirement le thé ont souvent la préférence des acteurs au bord du burn-out, la sieste ou le tricot sont également des activité reconnues pour leur vertus calmantes. 

Il n'y a guère que Marlene Dietrich qui restaure son capital santé en étant... Marlene Dietrich, mais ce qui est, comme nous le savons tous, une activité à plein temps. 


vendredi 11 mai 2012

La question suave du jour : doit-on reconsidérer la fessée ?


Evidemment, formulée de la sorte, la question du jour ne semble ni suave ni très politiquement correcte. Soyons-Suave ferait donc l'apologie des châtiments corporels ? Recadrons notre interrogation : qui parle ici de punition ?

On continue naïvement aujourd'hui d'associer "fessée" et "enfants" alors le problème "Une fesse rougie est-elle répréhensible" a été réglé depuis longtemps dans un célèbre texte sacré écrit en deux parties : "La folie est ancrée au coeur de l'enfant. Le fouet bien appliqué l'en délivre", 22, 15.

Préférons cette idée que la fessée peut être une déclaration d'amour, vécue dans la joie et l'allégresse. Illustrations :








Finalement, comme c'est le cas pour pratiquement toutes les situations de la vie quotidienne impliquant deux personnes (danser une valse, faire la vaisselle, remplir une déclaration commune d'impôts), la fessée, afin d'éviter tout malentendu, nécessitera d'instaurer un dialogue ce qui est une bonne chose.

C'est même d'après nous, mais nous ne disons là rien de révolutionnaire, la base de toute relation épanouie... donc source de joie... donc suave. Fessons-nous !


dimanche 5 février 2012

Les très suaves heures de l'histoire contemporaine : le jour où Roman Polanski renvoya Joan Crawford.


Il y a quelques semaines, lors d'un entretien avec l'échotier Michael Musso du "Village Voice", une actrice présente sur le tournage de "Rosemary's baby" a confié, ce que tout le monde ignorait, qu'il était originellement prévu que Joan Crawford apparaisse dans son propre rôle dans le film et que pour d'obscures raisons, le réalisateur ait décidé de couper la scène.

Dire que ce bruit a mis en branle les fans de Joan est un euphémisme et il semblerait que les milieux satanistes en aient été tout autant troublés. Joan dans "Rosemary" ? Joan coupée ? Sachons immédiatement reconnaître une belle histoire du dimanche lorsque nous en croisons une.


Tourné en 1968 d'après le roman d'Ira Levin publié l'année précédente, "Rosemary's baby" va non seulement marquer le début de la carrière américaine de Roman Polanski mais aussi lancer celle de Mia Farrow, qui avant cela ne s'était illustrée qu'à la télévision et en épousant Frank Sinatra à la surprise générale. Le mot est célèbre : apprenant la nouvelle, Ava Gardner aurait déclaré qu'elle savait qu'un jour où l'autre, Frank finirait avec un garçon.

La genèse du film est depuis bien longtemps devenue mythique : embauché par la Paramount après les succès de "Répulsion" et du "Bal des vampires", Roman Polanski ne va finalement pas réaliser le film pour lequel on l'a fait venir à Hollywood mais "Rosemary" qu'il a découvert, lu en une nuit et dont il écrit très rapidement seul le scénario. Le choix de Mia Farrow va s'avérer judicieux puisqu'avant même le tournage, le public se passionne pour ce projet, en partie en raison des déclarations tonitruantes de Frank Sinatra, qui proclame qu'il désapprouve fortement la décision de sa jeune épouse de participer à un telle entreprise.


Une coupe de cheveux réalisée devant les photographes par Vidal Sassoon lui-même achèvera de parfaire le lancement publicitaire du film. "Rosemary's baby" est devenu l’évènement de 1968 alors que le tournage est encore en cours.

Il faut dire que le casting est excitant, mêlant jeune garde ( Mia Farrow et John Cassavetes) et vieilles gloires (Ralph Bellamy et Patsy Kelly), acteurs de composition (Ruth Gordon) et guest-stars (Tony Curtis alors au fond du trou acceptant d'être une voix au téléphone). Même si il est considéré comme un génie depuis "Le couteau dans l'eau", Roman Polanski n'est pas forcément le responsable de ce très alléchant smogarsbord et si quelqu'un peut être félicité pour cela, c'est incontestablement le producteur, William Castle.




Acteur, scénariste, réalisateur et producteur, William Castle, auquel la Cinémathèque rendit un vibrant hommage en 2009, devint célèbre à la fin des années 50 en accompagnant chacun de ses films de gimmicks destinés à attirer les foules dans les cinémas. Inspiré, disait-il, par le succès aux USA des "Diaboliques" de Clouzot et d'Hitchcock en général, il faisait voler des squelettes dans les salles, faisait signer aux spectateurs des décharges en cas de mort par peur ou insérait un entracte prévenant le public qu'il pouvait encore quitter la projection avant d'être trop effrayé.

Roi donc de la publicité et de l'horreur définitivement B mais réjouissante, William Castle avait un temps envisagé de réaliser lui-même "Rosemary" jusqu'à ce que la Paramount lui préfère Roman Polanski. Il se contenta de produire la chose et de s'accorder une apparition très hitchcockienne : c'est lui, en effet, qui tambourine à la vitre de la cabine téléphonique où Mia Farrow s'est réfugiée lorsqu'elle comprend qu'elle est peut-être victime d'une machination.



En 1968, le nom de William Castle est donc à la fois synonyme de frissons mais aussi de glamour puisque c'est à lui que l'on doit les deux dernières apparitions de Joan Crawford à l'écran : "Strait-Jacket" et "I saw what you did", savantes variations post "Baby-Jane" qui assurèrent un temps à Joan un retour en grâce et un nouveau public.



De toute évidence, c'est à lui que l'on doit la visite que firent Joan Crawford et son chevalier servant préféré de la fin des années 60, Van Johnson, sur le plateau de "Rosemary", tout cela bien sûr sous les flashs de nombreux photographes appelés afin d'immortaliser cette rencontre entre le vieil et le nouvel Hollywood... et de produire encore un peu plus de publicité.



L'histoire devient franchement croustillante puisque si l'on en croit cette source interrogée par Michael Musso, il germa dans la tête de Castle de faire apparaître Joan et Van dans une courte scène du film. Alors que son époux est occupé, Rosemary se rend avec une amie à une représentation du show "The Fantasticks", alors gros succès à Broadway qui lancera la chanson "Try to remember". Pénétrant dans le théâtre, Rosemary aperçoit les deux stars au milieu de la foule. Fin de la scène.

Le problème est que Joan et Van seraient apparus sur le plateau en léger état d'ébriété, ce qui aurait considérablement agacé un Polanski, progressivement très énervé en voyant Joan prendre la doublure de Mia Farrow pour la véritable star du film et franchement hors de lui lorsque Van Johnson se serait montré très intéressé par la bosse déformant le pantalon près du corps du réalisateur. Voyant son plateau lui échapper, Polanski aurait décidé d'annuler la scène, renvoyant tout le monde y compris une Joan Crawford outrée. Ne reste dans le film que Rosemary rentrant du théâtre.


Bruit de couloir ? Rumeur ? La chose ne serait pas aussi intéressante si l'histoire n'avait été racontée à Musso par Rutanya Alda, effectivement doublure de Mia Farrow sur le film. Alors jeune comédienne, Rutanya se rendra célèbre en participant à "Voyage au bout de l'enfer", "Rocky" ou "Amityville II" mais surtout en incarnant Carol-Ann, fidèle assistante de Joan Crawford dans "Maman très chère" en 1981.



Nous répétons régulièrement que la vie est cruelle et paradoxale. Ajoutant qu'elle est délicieusement ironique et que c'est cela, aussi, qui la rend parfois aussi suave.

dimanche 9 octobre 2011

Les très suaves heures de l'histoire contemporaine : le jour où Van Johnson frôla la mort, trouva une épouse et devint une star.



En 1943, Van Johnson commence à entrevoir un peu de lumière dans ce sombre tunnel qu'est sa vie depuis qu'il a quitté en 1935 sa ville natale de Newport, Rhode Island. Après quelques années comme figurant ou doublure à Broadway (dont celle de Gene Kelly dans "Pal Joey"), il a obtenu grâce à Lucille Ball, rencontrée elle-aussi sur les planches à New York, des bouts d'essai à Hollywood qui l'ont conduit à un contrat de 6 mois à la Warner.

Ce premier contrat, qui ne le mène nulle part cinématographiquement parlant, va cependant le faire remarquer par la MGM qui le signe en 1942. Le studio de Louis B. Mayer est en panne de vedettes masculines, presque toutes parties s'engager dans l'armée et on se dit qu'il est grand temps de rajeunir les troupes. Van est athlétique, il plait aux très jeunes filles qui voient en lui un petit ami idéal. Après quelques galops d'essai, on décide donc de lui confier son premier rôle important dans "Un nommé Joe", que doit réaliser Victor Fleming avec Spencer Tracy et Irene Dunne et une autre recrue intéressante, Esther Williams, sans piscine.

Esther et Van... bon d'accord avec piscine...

Alors que le tournage est commencé depuis deux semaines, le 30 mars 1943, Van Johnson accompagné par un couple d'amis rencontré eux-aussi du temps des vaches maigres à Broadway, le comique Keenan Wynn et sa femme Evie, décident de se rendre à la première du nouveau film de Tracy et Hepburn, "La flamme sacrée" de Cukor. En chemin la voiture est percutée par un chauffard qui vient de griller un feu rouge. L'accident est violent et les conséquences tragiques pour Van dont le crâne est fracturé et le visage lacéré. Conduit à l'hôpital, on réalise vite que sa carrière est terminée.

La certitude que Van Johnson ne pourra pas finir "Un nommé Joe" ni réapparaître sur un écran est telle que la MGM contacte aussitôt John Hodiak pour le remplacer mais Spencer Tracy et Irene Dunne s'y opposent. Sans Van Johnson ils refusent de poursuivre le tournage. Ils obtiennent donc de la Metro qu'on laisse Van se rétablir et qu'on tourne toutes les scènes dans lesquelles il n'apparaît pas entre temps.

Le 28 juin 1943, moins de 3 mois après son accident, Van Johnson fait son retour sur le plateau. Il a à présent une plaque de métal couvrant tout le côté gauche de son crâne et des migraines permanentes. Les cicatrices sur son visage nécessitent un maquillage savant mais qui n’effraie pas les spécialistes de la MGM. Sorti en 1944, le film est un triomphe et Van Johnson officiellement la nouvelle star la plus prometteuse de la Metro. Il est de plus dispensé d'armée donc disponible à plein temps pour la MGM. C'est la félicité.


A ce stade, si votre coeur n'est pas de pierre, vous avez sans doute écrasé une larme et pourquoi pas lâché d'un sanglot : "C'est si beau !". Nous vous comprenons. Nous avons fait de même. Mais c'est pourtant maintenant que l'histoire devient réellement intéressante, justifiant sa place de choix dans "Les très suaves heures de l'histoire contemporaine".

Les trois mois de convalescence de Van Johnson ne se déroulèrent pas dans l'atmosphère feutrée d'une clinique californienne mais à la résidence des Wynn, dévastés par l'accident de leur ami et surpris d'y avoir échappé sans la moindre égratignure. Pendant de longues semaines, alors que Keenan tourne, son épouse Evie, ancienne comédienne devenue agent et notamment de son époux, veille sur l'ami fidèle, de longs tête-à-tête simplement interrompus par les fréquentes visites de Spencer Tracy, ce qui agace Katharine Hepburn qui connait bien les penchants de son compagnon pour l'alcool (tout le monde le sait) et pour les jeunes premiers (on le sait moins).

Van Johnson et Evie Wynn-Johnson

Evie Wynn fut sans doute une infirmière exemplaire puisqu'en 1947, elle se sépare de Keenan et épouse le lendemain d'un divorce rapidement mené à El Paso Van Johnson, entre temps devenu une véritable star Metro et qui devra pendant de longues semaines expliquer qu'il n'est pas un briseur de ménage. Le mariage durera jusqu'en 1968 et produira une fille, Van élevant au passage les deux fils d'Evie et Keenan.


Peu de temps avant sa mort, Evie Wynn aura la bonne (?) idée de revenir sur sa vie avec Van en précisant qu'elle ne l'avait épousé que sur ordre de Louis B. Mayer. Parallèlement, un des fils de Keenan, dans son autobiographie, éclairera la séparation de Van et Evie en expliquant que sa mère ne pouvait plus supporter les aventures de Van avec tous les chorus boy qu'il croisait désormais sur les planches, sa nouvelle maison depuis la fin de sa carrière cinématographique.

Bisexuel, certainement gay, en tout cas définitivement suave, Van Johnson ne s'exprimera jamais publiquement sur le sujet mais expliquera son choix de jouer dans "La Cage aux folles" en 1983 comme étant une déclaration à demi-mots. Relativement épargné dans les autobiographies de ses confrères, on trouve pourtant dans les mémoires d'Arthur Laurents une allusion à une affaire qui semble bien être celle du mariage de Van et Evie : le cas sordide d'une jeune star masculine en devenir, obligée par le directeur de son studio, afin de couvrir les rumeurs d'homosexualité le concernant, d'épouser la femme de son meilleur ami, elle-même agent, menacée de ne plus jamais travailler à Hollywood si elle n'acceptait pas l'arrangement.


En perdant une moitié de son crâne en 1943, Van Johnson échappa à l'armée, devint une des vedettes préférées de l'après-guerre, trouva un femme, mit sa réputation à l'abri, eut une fille et put envisager de mourir sereinement en 2008 à l'âge de 92 ans, un peu oublié, certes, des nouvelles générations de cinéphiles qui ne regardaient sans doute pas "Arabesque" ou "La croisière s'amuse" mais toujours présent dans le coeur de ses anciennes admiratrices qui continuaient de voir en lui un homme comme les autres, à ceci près qu'il devait bipper dans les aéroports. Maigre prix à payer, finalement, pour une vie en apparence tranquille...