Lorsqu'en 1970, la super agent Sue Mengers se rendit toutes anglaises dehors à la première de "Melinda" de Minnelli où l'attendait une Barbra Streisand crépue et star du film, aucune des deux femmes ne pouvait s'imaginer qu'un peu plus de 10 ans plus tard, elles ne se parleraient plus, que la seconde aurait déserté la première et que ce départ annoncerait la fin d'une des carrières les plus spectaculaires jusqu'à ce que Dominique Besnehard n'entre chez Artmedia... Ah, c'est bon de rire parfois.
En 1981, par un coup de téléphone, Barbra Streisand annonçait à son agent depuis 1966 qu'elle mettait un terme à leur collaboration. Si ce ne fut pas une surprise ce fut en tout cas un déchirement pour Sue qui ne considérait pas Barbra comme une cliente mais comme une amie, une soeur. Mais alors pourquoi ? Warum ? C'est la belle histoire du dimanche.
Si les versions divergent parfois (et vous allez vite réaliser que nombreuses voix vont se mêler aujourd'hui), une chose est certaine : c'est en 1963 que Sue Mengers va faire la connaissance de Barbra Streisand par l'intermédiaire d'Elliott Gould, monsieur Streisand et par ailleurs client de Sue. Sue travaille alors dans une petite agence, Barbra est en passe de monter sur scène dans "Funny Girl". Les deux femmes ont 10 ans d'écart, elles sont toutes deux new-yorkaises (bien que Sue soit née à Hambourg) juives et ont perdu leurs pères jeunes. C'est le coup de foudre.
Il faudra 3 petites années pour que Sue Mengers rejoigne l'agence CMA où se trouve Barbra et ne devienne son agent attitré. Barbra se proclamera unique responsable de ce transfert, un des responsables de CMA expliquera lui qu'il a embauché Sue pour mettre fin au harcèlement qu'elle exerçait sur certains de ses clients.
C'est précisément chez CMA que Sue Mengers va prendre son envol grâce à une succession de "coups" qui vont assurer sa carrière et sa notoriété. Comme nous l'évoquions la semaine dernière, Sue n'a peur de rien. Si quelqu'un lui plait, elle le poursuit jusqu'à ce qu'il cède. A Tom Ewell qu'elle souhaitait dans son écurie et qui lui demandait ce qu'elle ferait de plus pour lui que son agent actuel, elle répondit : "Sucer David Merrick !".
En très peu de temps, Sue Mengers va faire entrer chez CMA Ryan O'Neal qui joue dans la série "Peyton Place" et Ali MacGraw, fiancée du producteur Robert Evans et ami de Sue. Elle va signer Gene Hackman et Candice Bergen, Peter Bogdanovich et sa fiancée Cybill Shepherd. Et dans les mois qui suivent, Ryan et Ali vont faire pleurer la planète dans "Love story", Gene va décrocher un oscar pour "French connection" et Peter et Cybill vont triompher dans "La dernière séance". Sue a la "magic touch" : il suffit qu'elle s'intéresse à quelqu'un pour qu'il devienne une star.
En 1972, avec le triomphe au box-office de "What's up doc", Sue Mengers est considérée comme la femme la plus puissante d'Hollywood. Le système des studios étant totalement dans les choux, les agents sont devenus la force première du cinéma et lorsqu'on a, sous contrat, les deux stars et le réalisateur du film qui font le plus d'entrées, on est forcément le roi du monde... ou la reine en l'occurrence.
Et rien n'arrête Sue : elle impose Robert Redford dans "Gatsby", Faye Dunaway dans "Chinatown". Elle a parfois des moments d'absence comme lorsqu'elle tente de convaincre Copolla que Ryan O'Neal serait parfait dans le rôle que le réalisateur destine à Al Pacino dans ce qui va devenir "Le parrain" mais mis à part cela, elle est en orbite géostationnaire autour du Hollywood sign. Et à un tel point que CBS va lui consacrer un portrait en 1976, du jamais vu pour un agent.
6 commentaires:
J'adore vos belles histoires. Merci !!!
C'est surtout le travail d'une équipe vous savez... :)
oui merci Monsieur Suave !! ...
J'ai regardé son portrait par CBS, je n'imaginais pas Sue Mengers ainsi, je la pensais plus clown que cela... en tous cas j'ai aimé sa diction car elle articule chaque syllabe comme une animatrice de radio alors on la comprend bien !
c'était donc ça! ...je savez bien qu'il fallait se méfier de ce Jon Peters! ...un gars qui commence par poser des bigoudis et qui fini producteur de BATMAN, ça devait cacher quelque chose!
et que devient Lesley Ann Warren dans tout çà ? Tout le monde s'en fout, je le vois bien !
Suave Anonyme, rassurez-vous. Après un certain temps bien légitime pour digérer la rupture, Lesley Ann Warren déclarera, non seulement qu'elle n'en voulait pas à Barbra mais que le départ de Jon avait été salutaire : trop manipulateur. Désormais elle allait choisir elle-même ses rôles, ses ami(e)s et ses coupes de cheveux.
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