samedi 18 juin 2022

Une caresse avant de se quitter.


 


















Suaves visiteurs, c'était le 136e numéro de "Soyons-Suave Weekend" et ce fut, comme à l'accoutumée, un plaisir. Maintenant, avouons, mais c'est sans doute le temps de reprendre le rythme, que nous terminons épuisés. Et puis cette chaleur, avouez ! Aussi nous vous embrassons et à très vite.  

Les très suaves Heures de l'histoire contemporaine : le jour où on interdit des toilettes.


 


















En cette fin d'année 1965, le producteur Lou Adler a de quoi être raisonnablement heureux. Débutant sa carrière musicale comme manager d'Herb Alpert, puis se découvrant des talents de compositeurs qui lui permirent d'offrir quelques chansons à Sam Cooke par exemple, il s'est lancé à partir de 1964 dans une aventure risquée, la création d'un label de musique et bien lui en a pris. 

Car Lou Adler a clairement du flair. Il a compris qu'en ce début des années 60, la musique folk et sa cousine germaine la musique pop sont sur le point de détrôner la variété. Créé au départ pour distribuer les disques de Johnny Rivers (ne cherchez pas, plus personne n'en parlera après 1968), son label Dunhill Records a surtout signé le chanteur engagé Barry McGuire qui dès son premier album va décrocher un numéro 1 avec "Eve of destruction". 


La guerre du Vietnam, la menace nucléaire, la conquête spatiale, la ségrégation raciale, voilà ce dont il est question dans cette ritournelle qui ressemble plus à une capsule temporelle qu'à une chanson et qui évoque si bien les préoccupations pacifistes de la jeunesse en 1965 qu'elle sera bannie de la plupart des radios américaines. 

Mais comme vous pouvez le remarquer, pas la moindre mention à des WC. Il est encore un peu tôt pour faire la liaison avec le titre de ce billet mais elle arrive. Car Barry McGuire ne va être qu'un intermédiaire avec le sujet du jour. 

Ce qui importe, c'est qu'au cours de ses tournées, Barry McGuire a fait la connaissance d'un quartet musical originaire de New York dont il a aussitôt tout apprécié et qu'il a invité à le rejoindre en Californie, afin de travailler avec lui et, autant en profiter, auditionner pour Lou Adler. Ce groupe est composé du couple John et Michelle Phillips, de Denny Doherty et de Cass Elliot. Et après avoir longuement hésité, ses quatre membres se font appeler The Mamas and the Papas. 





































































Peut-on faire plus années 60 et plus "flower power" que The Mamas and the Papas ? Sans doute pas. Et n'oublions pas que depuis notre naissance, nous sommes représentés par Mama Cass, nue dans un champ de marguerites ce qui peut aisément confirmer ce que nous venons d'écrire.

En 1965, les quatre membres du groupe se rendent donc à Los Angeles, pour participer au nouvel album de Barry McGuire dont ils vont assurer tous les chœurs, qui vient en plus de leur acheter une de leurs premières compositions, intitulée "California Dreamin". Et ils auditionnent comme prévu pour Lou Adler qui, dans une sorte de délire MGM "je vous engage pour 7 ans", leur commande aussitôt 10 albums. 

The Mamas and The Papas restent donc en studio et gravent une quinzaine de titres, dont le premier ne va aller nulle part mais lorsque sort leur propre version de "California Dreamin", c'est la folie. Ce groupe inconnu se classe directement à la quatrième place des hit-parade, le public découvre leurs harmonies impeccables, leur sens stupéfiant de la mélodie qui tue et leurs chanteuses, enfin surtout Michelle Phillips qui deviendra instantanément une icone. 


Lou Adler, pour revenir à lui, nage en pleine félicité puisqu'en deux contrats, Barry et les Mamas and the Papas, il a décroché le gros lot. Le quatuor n'a pour l'instant qu'un single mais assez de titres pour sortir un album complet. La machine Dunhill Records se met donc en marche et la sortie est prévue pour février 1966. Et finalement, puisque le groupe est sous contrat et les chansons déjà en boite, il n'y a plus qu'une chose à faire, trouver un visuel pour le futur 33 tours et pour cela, Lou a sous la main quelqu'un de formidable, le photographe Guy Webster. 

Puisque vous sentez venir la biographie synthétique de ce monsieur, ne vous décevons pas. Né à Hollywood, Guy est d'une famille appartenant au show business. Son père est un compositeur de renom oscarisé ("Secret love" pour Doris Day, "Love is a many splendored thing" pour tout le monde). Il a grandi en étant voisin de Fred Astaire, en voyant passer chez lui Duke Ellington et en jouant avec les enfants du gratin du cinéma. 

Mais ce qui l'intéresse depuis toujours, c'est la photographie. Après de courtes études, il s'est lancé un peu en autodidacte et c'est presque par accident qu'il s'est retrouvé à shooter des pochettes d'albums pour Dunhill Records. Il deviendra au passage un des plus célèbres photographes musicaux des années 70, à l'origine de pochettes devenues des classiques et un des plus célèbres photographes tout court, spécialisé notamment dans les personnalités du cinéma. Illustrations avant de revenir aux toilettes. 






























Guy Webster ne connait pas plus les mamas que les papas mais tout le monde ayant le même âge, il se dit que la séance photo pour leur premier album devrait être une bonne partie de rigolade. Et c'est effectivement ce qu'il va se produire. Guy se rend dans la maison qu'ils louent à Los Angeles. L'humeur est bonne, on boit, on fume, on prend des drogues (1965, rappelez-vous) et on oublie un peu de faire des photos. 

Et lorsque Guy réalise qu'il n'a rien fait, les Mamas et les Papas ne sont plus trop d'humeur... ou plus trop conscients. Guy leur court après, il parvient à les coincer dans la salle de bain, met vaguement la chose en scène et appuie sur le déclencheur. Il a conscience que c'est un peu n'importe quoi mais avec un peu de chance, cela collera avec le côté jeune et décomplexé du groupe. 

Et cela va donner ceci : 























Et ceci pour ce qui est des photos n'ayant pas été jusqu'à la pochette :




 



















Et donc enfin : apparition des toilettes ! Roses ou blanches en fonction des sources. Nous ne connaitrons jamais la vérité. 

En février, l'album "If you can't believe your eyes and ears", le premier des Mamas and the Papas sort, accompagné en mars d'un troisième single, "Monday monday" et cela va entraîner deux sortes de réaction. La chanson, elle, va être un triomphe et devenir le seul et unique numéro 1 du groupe. Elle leur rapportera même un Grammy. Donc tout va bien. 

Mais l'album ne passe pas, et chaque jour Dunhill Records voit revenir des cartons entiers de 33 tours refusés par les revendeurs qui n'envisagent pas une seconde de mettre en vente un disque proposant une cuvette de toilettes aussi clairement exhibée. C'est la catastrophe pour Lou Adler, qui a forcément beaucoup investi dans le produit. Impossible de lancer une réimpression et de rappeler tous les exemplaires dont beaucoup sont déjà partis à l'étranger. Une seule solution : la vignette. 

























Suivant le succès des différents singles de l'album, Dunhill Records va consciencieusement coller de petites étiquettes dont la taille calculée cache la honteuse cuvette et rendre enfin acceptable le disque des Mamas and the Papas aux acheteurs de 1966 qui ne faisaient donc ni pipi, ni autre chose.

On peut y voir aujourd'hui une belle idée collection, à condition évidemment de posséder tous les exemplaires, y compris étrangers.   

Il en sera de même pour les 45 tours, et ce n'est que lorsqu'une réimpression sera rendue nécessaire par le succès foudroyant du disque qu'on décidera de changer la photo, enfin de la recadrer. Exit donc le budget vignette. 













































Si Lou Adler est toujours parmi nous, ce n'est plus le cas de Mama Cass, décédée en 1974, ni de John Phillips, disparu en 2001, ou de Denny Doherty, emporté en 2007. Des quatre membres originaux, Seule Michelle Philipps est encore en vie. Elle a aujourd'hui 78 ans. Après une très fructueuse carrière, Guy Webster a rangé à jamais ses objectifs en 2019. Et tout cela est évidemment fort triste. 

Mais ce qui nous plait le plus dans cette belle histoire du weekend, en plus d'avoir donné naissance à une pochette figurant désormais sur la liste fameuse des disques censurés on ne sait plus toujours très bien pourquoi, c'est le mot final de Lou Adler. 

Car n'essayez pas de nous convaincre qu'il ne savait pas ce qu'il faisait lorsque, pour maintenir la popularité de l'album des Mamas and the Papas, il proposa à la vente une version collector dont le vinyle était coloré. Et de quelle couleur s'il vous plait ? 























Jaune. Evidemment ! 

Si vous le trouvez un jour, conservez-le précieusement. Il pourrait vous assurer une retraite heureuse car il coûte TRES cher... 

Que manger ce midi ?











Un double sandwich à la choucroute ? C'est parfait en juin, en juillet et même en août !  

Et maintenant dansons !


La touche Brazil sans laquelle un weekend n'est pas totalement suave nous ramène à un temps où nous trouvions fort suave d'aller siroter des caïpirinhas au Barrio Latino et parfois même de nous trémousser lorsque le son s'y prêtait... Suavement, bien entendu...

L'Instant mode du weekend.





















Ne serions-nous pas passés à côté de... beaucoup beaucoup de choses là, franchement...

C'est le weekend : soyons musical !




Enfin un peu de musique ! Et enfin un peu de suavitude après ces semaines, ces mois de disette qui furent pour nous fort occupés et peut-être pour vous, fort longs. Mais vous n'ignorez rien de ce à quoi furent consacrées nos journées toujours trop courtes : régler (ou tenter de régler) les vicissitudes liées à un achat immobilier bicentenaire, organiser des épousailles, sécuriser un poulailler figurant visiblement sur la version pour renards de TripAdvisor, s'intéresser de près au monde fabuleux du tracteur tondeuse. Bref : la vie diraient certains. Mais il manque les martinis ajouterons-nous. 

Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas ici à expliquer que tout est finalement supportable avec la bande son adéquate. Et cela vaut également pour le jour J, celui où nous passâmes du "je" au "nous", même si nous continuons, reconnaissons-le, à préférer la coordination à la première personne du pluriel. 

Cela pourrait d'ailleurs être une suave question du jour : doit-on forcément se marier en musique ? Avouons que nous ne sommes pas en mesure de fournir une réponse ferme à cette interrogation (à l'exception de cette évidence : pas de DJ !). Mais il est possible que cela soit une première étape sur la grande route de la concession pour laquelle il n'existe pas d'itinéraire bis. Alors de la musique, essayons, mais laquelle ? 

















Lorsque vous vénérez la bossa mais que votre moitié n'a qu'une passion très modérée pour Ipanema, lorsque vous savez que vous ne pouvez décemment pas imposer 10 heures de Doris Day à des invités innocents, lorsqu'enfin vous êtes bien obligés de reconnaître que les harmonies serrées des groupes vocaux des années 50 peuvent finir par provoquer des acouphènes, même en restant éloignés des enceintes, il ne reste qu'une solution (enfin bien entendu il en existe d'autres mais il était compliqué d'y passer des jours) : le mariage funky ! 

Aussi, nous sommes très heureux de partager avec vous aujourd'hui une sélection très love et fortement groovy du fichier "Gai Gai Marions-les !", d'une longueur totale de 9 heures, qui nous accompagna lors de cette belle journée ensoleillée au cours de laquelle plus d'une tête finit par marquer la mesure. 

Certes, vers 19 heures, la garden party ressemblait un peu à une assemblée de chiens en moumoute qu'on trouve habituellement sur la plage arrière des voitures mais cela ne nuit en rien au brio des conversations, au cristallin des éclats de rire et au flot d'amour qui inonda la journée, ce qui est encore plus facile lorsqu'on convoque Barry White. 
















Vous possédez donc à présent une partie du kit "Je refais le mariage de Soyons-Suave chez moi" mais qui convient également à tout type d'activité : dépoussiérer des plinthes, pratiquer un génocide de pissenlits, recenser avec exactitude les 2748 araignées que vous hébergez gracieusement. 

Comme nous avions pour l'occasion ressorti les vinyles, ne soyez pas surpris que cela craque occasionnellement. Mais enfin voici 18 pistes délicieuses offrant un florilège de basses irrésistibles, de chœurs enivrants, de quelques solos de saxo et surtout de voix, suaves visiteurs, qui nous en sommes certains sauront vous faire chavirer, selon le programme suivant : 

1. DELEGATION - OH HONEY
2. DONNA WASHINGTON - ITS SOMETHING
3. CHOCOLATE MILK - HOW ABOUT LOVE
4. BARRY WHITE - PLAYING YOUR GAME BABY
5. SILK - SIMPLY BEAUTIFUL
6. ALTON Mc CLAIE & DESTINY - MAKING ROOM FOR LOVE
7. MERRY CLAYTON - EMOTIONS
8. GENE CHANDLER - LET ME MAKE LOVE TO YOU
9. CARL CARLTON - THIS FEELING RATED X TRA
10. BOBBY CALDWELL - WHAT YOU WONT DO FOR LOVE
11. A TASTE OF HONEY - I LOVE YOU
12. MARGIE JOSEPH - I FEEL HIS LOVE GETTING STRONGER
13. THE ISLEY BROTHERS - FOR THE LOVE OF YOU
14. JON LUCIEN - YOU ARE MY LOVE
15. PATTI AUSTIN - THATS ENOUGH FOR ME
16. MINNIE RIPPERTON - INSIDE MY LOVE
17. ROZETTA JOHNSON - TO LOVE SOMEBODY
18. SILK SONIC - LOVES TRAIN









Et pour télécharger cette immense dose d'amour et de funk 70's, vous savez comment faire. 

Mais avant de poursuivre, un café peut-être...


Noir et sans sucre pour nous merci. Mais en poudre Lauren ? 

Et si vous avez succombé à ce "Mmmmm" d'anthologie, ceci devrait vous ravir : 

Vous n'allez tout de même pas sortir en cheveux ?


Ce n'est pas parce que c'est le weekend qu'il ne faut pas faire un effort. Glenn Close montre l'exemple et propose l'option "Retour de messe". 

Bienvenue dans "Soyons-Suave weekend" !


































Comme chaque weekend, ou presque, ou vraiment presque, ou vraiment vraiment presque, Soyons-Suave devient "Soyons-Suave Weekend", c'est à dire la même chose mais en plus "fin de semaine", un supplément détente qui vous permettra, sans erreur, d'affirmer que, oui nous sommes samedi, crévindiou nous sommes dimanche.

Et au programme de ce 136e numéro qui fleure bon l'été : un chapeau, une idée repas, de la mode, des mp3 qui nous ont menés jusqu'au bout de la nuit, une nouvelle page de nos suaves heures de l'Histoire contemporaine où il sera question principalement de wc et d'harmonies enchanteresses, une touche Brazil et du café. 

De belles histoires, de douces musiques, de chatoyantes couleurs pour vos yeux. C'est le weekend. C'est "Soyons-Suave weekend" ! 



jeudi 9 juin 2022

Entre nous...


"Light the candles, get the ice out, roll the rug up" : Soyons-Suave prépare enfin son retour ! 

C'est même écrit quelque part sur la droite de votre écran : sauf catastrophe, un nouveau numéro de "Soyons-Suave weekend" le 18 juin et la nouvelle saison de "Soyons-Suave été" qui devrait débuter le lundi 4 juillet. 

Nous ne savons pas si vous êtes prêts pour le retour des parutions estivales quotidiennes mais en ce qui nous concerne, nous avons tellement hâte. Donc embrassons-nous follement, disons-nous à très vite et voilà ! Champagne !