samedi 21 janvier 2017

Les très suaves Heures de l'Histoire Contemporaine : le jour où une star du striptease se révéla décorée de la Légion d'Honneur.


































Pour ne rien vous cacher, la belle histoire du Weekend, qui est un peu tragique, sachez-le tout de go, nous perturbe encore, alors que nous apprêtons à la raconter, non seulement en raison de sa nature même mais surtout parce que nous n'en avions jamais entendu parler jusqu'à il y a quelques semaines. Alors que vous conviendrez tous, nous en sommes certains, qu'elle est tout bonnement incroyable. 

En 1963, sortit en Angleterre un livre intitulé "The Naked Heroine", signé John Izbicki, une biographie pour être exact consacrée à une jeune femme nommée Lydia de Korczak Lipski dont on apprenait qu'héroïne de la Résistance et multi décorée pour ses faits d'armes, elle avait survécu, non seulement à un enfermement dans le camp de Ravensbrück mais surtout à ces expérimentations dont les médecins nazis avaient le secret. Libérée par la Croix Rouge à la fin de la guerre, elle s'était non seulement remise mais était désormais danseuse nue aux Folies Bergères. 


































Alors qu'il est d'une difficulté sans nom de trouver des informations dans la presse française sur Lydia, la presse anglaise nous permet d'en savoir un peu plus. D'origine polonaise, Lydia et son père faisaient partie d'un réseau de la Résistance et étaient chargés de recueillir le plus d'informations possibles sur les forces ennemies. 

Agée de 17 ans et passionnée par la danse, Lydia avait un certain talent pour le dessin et recopiait afin de les transmettre à son chef de réseau tous les plans que son père parvenait à dérober. On ne sait pas exactement ce que furent les effets positifs de la quantité prodigieuse d'informations que le père et la fille livrèrent à la Résistance et à l'Angleterre, ce fut en tout cas suffisamment important pour qu'à la fin de la guerre, Lydia reçoive, entre autre, la Légion d'Honneur, la Médaille de la reconnaissance de la France Libre, la Croix de guerre et la Croix du Combattant volontaire, faisant d'elle la femme française la plus décorée de la Seconde Guerre Mondiale. 























































En 1941, le chef de réseau de Lydia est arrêté par les Allemands et après d'horribles heures de torture, il livre à ceux-ci la liste intégrale des membre de son groupe. Plutôt que d'arrêter tout le monde, les Allemands lui propose de l'envoyer en Angleterre comme agent double, l'obligeant à coopérer sous la menace d'exécuter tout le monde. 

Celui-ci part donc à Londres où il révèle aussitôt qui il est et pourquoi il est là. Les Nazis l'apprennent et arrêtent tout le réseau. Lydia et son père se retrouve d'abord à Fresne pendant 18 mois, après quoi Lydia est envoyée à Ravensbrück, affublée d'un insigne signalant qu'on peut faire ce qu'on veut d'elle. 























Pendant un an, Lydia subit de la part des médecins du camp diverses injections à propos desquelles on lui explique simplement qu'elle en verra les effets dans environ 20 ans. Persuadée qu'elle va mourir, elle survit cependant et est libérée en 1945. Elle découvre de plus et avec joie que son père également est en vie. Ils rentrent à Paris, elle a 20 ans. 

Nous sommes incapables de vous expliquer comment Lydia se retrouve 10 ans plus tard aux Folies Bergères mais elle y est, sous le pseudonyme de Lydia Lova. Elle est l'une des rares danseuses nues de la revue et fraîchement décorée par le Général Masson, elle a droit à un article dans la presse hexagonale. 


































































C'est précisément cet article qui va pousser le journaliste britannique John Izbicki à se pencher sur la vie invraisemblable de Lydia et à la persuader de se confier, ce qu'elle refuse de faire au départ, Elle finira par abandonner toute résistance (jeu de mots) et le résultat sera l'ouvrage dont nous parlions en ouverture. 

La suavitude, pourtant peu évidente de cette histoire, se manifeste lorsque les gérants du Casino de Paris de Londres, club de striptease crée en 1958 lorsque la loi anglaise autorisa de se dénuder dans des établissements spécialisés, lisent "The naked heroine" et se disent qu'ils viennent de trouver la star de leur établissement. Après quelques tractations avec les Folies Bergères, Lydia obtient le droit de se produire un mois à Londres. Et c'est la folie. 




































Pendant un mois, Lydia devient la coqueluche de Londres, les articles dans la presse s'accumulent, les réservations aussi. On se presse pour voir le phénomène, qui jaillit sur scène de la couverture de sa biographie, assurant par la même occasion la publicité de l'ouvrage. 

De retour, ravie, à Paris et aux Folies, Lydia assure qu'elle est prête à renouveler l'expérience qui a été pour elle cathartique puisque pour la première fois, elle a accepté totalement d'assumer un passé qu'elle cherche à oublier. Le 3 février 1966, on la retrouve morte à son domicile. L'autopsie sera incapable d'expliquer les causes de son décès, qu'on mettra sur le compte des injections mystérieuses subies. Elle avait 41 ans. 






















Si vous souhaitez plus de détails sur la vie hors du commun de Lydia Lova, nous vous souhaitons bon courage, tant il n'y a rien d'accessible et pratiquement pas une ligne en français sur le World Wide Web la concernant. 

Vous trouverez cependant l'histoire plus détaillée de son séjour à Londres ici-même, dans un article fleuve relatant l'histoire du Casino de Paris de Soho. Mais pas un livre en français, pas même un projet de biopic ? Nous finissons par nous demander si nous n'allons pas nous y mettre. Puisqu'on se tue à vous répéter que la vie est cruelle et paradoxale...


2 commentaires:

Irène Agathe a dit…

Excellent article (maintenant, il existe une référence en français...) sur une femme hors du commun dont je n'avais jamais entendu parler.

Bravo!

roijoyeux a dit…

Incroyable mais vrai !! ...